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🌍 La Stratégie du Chaos (Michel Collon & Mohamed Hassan) : Résumé et Analyse Complète
Pourquoi le monde musulman est-il perpétuellement en feu ? Si l’on en croit les journaux télévisés occidentaux, les guerres, les attentats et les révoltes qui secouent le Moyen-Orient ou l’Afrique s’expliquent par le fanatisme religieux, des dictateurs fous ou le terrorisme aveugle. L’Histoire y est constamment escamotée au profit d’un manichéisme digne d’un vieux western.
Pourtant, derrière ce puzzle en apparence incompréhensible se cache une logique implacable. Dans l’ouvrage majeur « La stratégie du chaos : Impérialisme et islam » (Investig’Action, 2011), le journaliste Michel Collon et Grégoire Lalieu s’entretiennent avec Mohamed Hassan, ancien diplomate éthiopien et véritable « bibliothèque vivante » de la géopolitique.
Oubliez la propagande : découvrez dans cette analyse détaillée comment les puissances impérialistes (États-Unis et Europe en tête) ont sciemment divisé, corrompu et détruit des nations entières pour s’accaparer les richesses du Sud et contrer l’émergence de la Chine.
🌪️ PARTIE 1 : La fin de la « Stratégie du Choc », place à la « Stratégie du Chaos »
Pour comprendre les événements mondiaux actuels, il faut regarder la région que Washington appelle le « Grand Moyen-Orient » (du Maghreb à l’Asie du Sud).
Au début des années 2000, l’administration de George W. Bush a utilisé la « stratégie du choc » (frappes militaires massives en Irak et en Afghanistan) pour imposer sa domination absolue. Mais cette stratégie a été un fiasco sanglant et ruineux pour les États-Unis. Washington a donc dû s’adapter et basculer vers une « stratégie du chaos ».
« Faire ouvertement la guerre est de plus en plus risqué. D’où cette stratégie du chaos : diviser pour régner, attiser les tensions, déstabiliser tous les pays gênants pour remodeler de fond en comble le Grand Moyen-Orient. »
L’objectif de cette stratégie n’est pas d’apporter la paix ou la démocratie, mais de maintenir le monde arabo-musulman sous contrôle pour monopoliser le pétrole, bloquer le développement économique de l’Asie (particulièrement la Chine) et maintenir l’Europe dans la soumission.
🧠 La clé de lecture : Bourgeoisie Compradore vs Nationale
Mohamed Hassan utilise une grille d’analyse fondamentale pour décrypter tous les conflits du Sud : la lutte des classes, et particulièrement la division de la bourgeoisie.
- La bourgeoisie compradore : C’est une élite parasite qui ne produit rien. Elle s’enrichit en servant d’intermédiaire aux multinationales étrangères (en bradant les matières premières). Elle est l’alliée naturelle de l’impérialisme occidental.
- La bourgeoisie nationale : Elle cherche à s’enrichir en développant l’industrie et l’agriculture locales. Elle a donc intérêt à ce que son pays soit politiquement et économiquement indépendant des puissances coloniales.
Presque tous les drames du tiers-monde s’expliquent par le soutien militaire et financier de l’Occident aux bourgeoisies compradores pour écraser les mouvements nationalistes ou socialistes.
🏛️ PARTIE 2 : Les racines de la domination occidentale (Égypte, Iran et Turquie)
Pour asseoir leur domination, les empires britannique et américain ont systématiquement détruit les tentatives d’indépendance des grandes nations du Moyen-Orient.
🇪🇬 L’Égypte : De Méhémet Ali à la trahison de Sadate
Au début du XIXe siècle, Méhémet Ali lance un projet d’industrialisation capitaliste révolutionnaire en Égypte (agriculture moderne, métallurgie, armée forte). S’il avait réussi, un grand empire arabe indépendant aurait pu changer la face du monde et résister à la colonisation. Terrifiée par ce rival potentiel sur la route des Indes, la Grande-Bretagne a orchestré une coalition pour briser Méhémet Ali en 1848, transformant l’Égypte en colonie soumise.
Un siècle plus tard, Gamal Abdel Nasser renverse la monarchie corrompue (1952) et incarne le nationalisme panarabe. Il nationalise le canal de Suez, construit le barrage d’Assouan et défie l’impérialisme. Mais à sa mort en 1970, son successeur Anouar el-Sadate (puis Hosni Moubarak) trahit cet héritage. Il ouvre le pays aux intérêts occidentaux, s’allie à Israël et réprime le peuple. La révolution égyptienne de 2011 n’est donc pas une simple soif de démocratie libérale, mais l’explosion d’un peuple fatigué de la bourgeoisie compradore soutenue par les USA.
🇮🇷 L’Iran : Le coup d’État de la CIA et la diabolisation
En 1951, le Premier ministre démocratiquement élu Mohamed Mossadegh nationalise le pétrole iranien, jusqu’alors pillé par les Britanniques. En représailles, la CIA organise en 1953 l’Opération Ajax. Des agents américains sèment le chaos, paient des émeutiers et renversent Mossadegh pour réinstaller la dictature sanglante du Chah. La SAVAK (police secrète créée avec la CIA et le Mossad) fera régner la terreur pendant 25 ans.
La Révolution islamique de 1979 n’est pas sortie de nulle part : elle fut la conséquence de cette répression étasunienne. Aujourd’hui, les États-Unis diabolisent l’Iran, accusant le président Ahmadinejad de vouloir « rayer Israël de la carte » (une citation tronquée et manipulée) et de fabriquer la bombe atomique. La véritable faute de l’Iran aux yeux de l’Occident ? Mener une politique indépendante, contrôler ses ressources énergétiques, et nouer des alliances avec la Chine et le bloc du Sud.
🇹🇷 La Turquie : L’émancipation d’une puissance régionale
L’Empire ottoman a été ruiné par la dette imposée par les banques européennes (les ancêtres du FMI). Après la Première Guerre mondiale, les puissances occidentales dépècent la région. Mais sous l’impulsion d’Atatürk, la Turquie moderne s’affirme. Pendant la Guerre froide, la Turquie est le vassal des USA (membre de l’OTAN). Mais aujourd’hui, portée par une croissance économique spectaculaire et une bourgeoisie nationale forte, la Turquie prend conscience qu’elle n’a plus besoin d’une Union européenne méprisante. Elle se tourne vers l’Asie et le monde arabo-musulman, devenant une puissance régionale autonome qui tient tête à Israël et aux États-Unis.
🛢️ PARTIE 3 : L’Arabie Saoudite, l’islamisme comme arme de Washington
Contrairement au mythe médiatique, les États-Unis n’ont jamais combattu l’islamisme radical ; ils l’ont financé et armé pour servir leurs intérêts géopolitiques. L’Arabie Saoudite en est l’exemple le plus frappant.
🗡️ L’alliance des Saoud, des Wahhabites et des Britanniques
Le royaume saoudien n’a pas été fondé par des visionnaires, mais par des bédouins obscurantistes alliés aux fanatiques wahhabites. La Grande-Bretagne a financé et armé le clan des Saoud pour détruire l’Empire ottoman et empêcher l’émergence d’une nation arabe unie (qui aurait menacé la colonie indienne). Plus tard, les États-Unis (via la Standard Oil) prennent le relais pour s’accaparer les immenses réserves de pétrole.
🤝 Le pacte anticommuniste
L’Arabie Saoudite est le régime le plus oppresseur du monde (monarchie absolue, ségrégation totale des femmes, exécutions publiques). Pourtant, l’Occident s’en accommode parfaitement. Pourquoi ? Parce que les Saoud haïssent le communisme et le nationalisme arabe, qui menacent leur pouvoir féodal. Dans les années 70, les pétrodollars saoudiens financent le Safari Club (avec l’aide de la CIA et des services secrets français), un vaste réseau d’espionnage et d’opérations clandestines destiné à mater les révoltes progressistes en Afrique et au Moyen-Orient.
« L’islamisme est devenu le préservatif de l’impérialisme. Les puissances occidentales justifient leur stratégie de domination (…) sous le prétexte de lutter contre l’islamisme. »
💣 Le « Piège » Afghan et la création d’Al-Qaïda
La plus grande manipulation a lieu en Afghanistan. En 1979, le stratège américain Zbigniew Brzezinski veut attirer l’URSS dans un « piège à ours » (un Vietnam soviétique). Pour ce faire, les USA et l’Arabie Saoudite financent, arment et forment des combattants islamistes (les Moudjahidines) venus du monde entier pour combattre le gouvernement socialiste afghan et l’Armée Rouge.
C’est dans ce contexte qu’émerge un riche saoudien : Oussama Ben Laden. Ce n’est qu’après la guerre du Golfe de 1991, lorsque des troupes américaines stationnent sur le sol sacré de l’Arabie Saoudite, que Ben Laden se retourne contre les États-Unis et la famille royale corrompue. Al-Qaïda est donc le « monstre de Frankenstein » créé de toutes pièces par l’impérialisme occidental. Quant à la production de drogue (opium) en Afghanistan, elle a été historiquement couverte et utilisée par la CIA (via des « black ops ») pour financer ses guerres secrètes en échappant au contrôle parlementaire.
🚀 PARTIE 4 : Le mythe du « Printemps Arabe » et la destruction de la Libye
Si les révolutions en Tunisie et en Égypte furent de véritables soulèvements populaires contre des bourgeoisies compradores affamant leurs peuples, le cas de la Libye est radicalement différent.
📈 Le paradoxe Kadhafi
Mouammar Kadhafi n’était pas le tyran sanguinaire détesté par tout son peuple que les médias ont dépeint. Lorsqu’il prend le pouvoir en 1969, la Libye est l’un des pays les plus pauvres d’Afrique. Il nationalise le pétrole, ferme les bases militaires occidentales et bâtit un État-providence. À la veille de l’intervention de l’OTAN, la Libye possédait l’Indice de Développement Humain (IDH) le plus élevé d’Afrique. Santé et éducation étaient gratuites, et l’espérance de vie y était la plus longue du continent. Kadhafi a même investi des milliards dans le projet titanique de la « Grande rivière artificielle » pour irriguer le désert.
💣 La guerre de l’OTAN : Mensonges et Recolonisation
Pourquoi l’OTAN a-t-elle attaqué ?
- Les médiamensonges : La résolution de l’ONU s’est basée sur des informations fausses. Kadhafi n’a jamais bombardé sa population civile à Benghazi (confirmé par les services de renseignements russes et français). La prétendue « menace de génocide » était une fabrication pour justifier l’ingérence.
- L’or noir et les intérêts français : La France de Nicolas Sarkozy voulait s’octroyer une part plus importante des contrats pétroliers libyens.
- L’indépendance de l’Afrique : Kadhafi utilisait la manne pétrolière pour libérer l’Afrique de la tutelle occidentale (FMI, Banque Mondiale). Il a notamment financé à hauteur de 300 millions de dollars le premier satellite de communication africain, privant l’Europe d’un monopole très lucratif.
- L’alliance avec Al-Qaïda : Pour renverser Kadhafi, l’OTAN s’est cyniquement alliée avec les extrémistes du Groupe Islamique de Combat Libyen (GICL), la branche locale d’Al-Qaïda.
« Ce que tu ne peux pas contrôler, détruis-le ! (…) Washington préférait mettre la Libye à feu et à sang plutôt que de voir ses concurrents chinois, indiens ou brésiliens profiter du pétrole de Kadhafi. »
L’assassinat sommaire de Kadhafi n’a pas apporté la démocratie, mais le chaos, le racisme et la charia.
⚔️ PARTIE 5 : Corne de l’Afrique et Asie : Le nouveau centre de gravité
Le centre de gravité mondial a basculé de l’Occident vers l’Asie. L’Océan Indien est devenu l’axe stratégique du 21ème siècle : 60% de la population mondiale y est connectée, ainsi que 70% du trafic pétrolier.
🇨🇳 L’émergence de la Chine, partenaire du Sud
L’axe Sud-Sud se développe à une vitesse vertigineuse. Si les pays africains et sud-américains se tournent massivement vers la Chine, c’est parce qu’elle propose des partenariats gagnant-gagnant. Contrairement à l’Occident (FMI, Banque Mondiale) qui impose des diktats néolibéraux ruineux, de la corruption et des bases militaires, la Chine applique la non-ingérence politique et construit de véritables infrastructures (hôpitaux, routes, ports) en échange de matières premières.
🏴☠️ La déstabilisation américaine (Somalie, Soudan, Erythrée, Pakistan)
Pour empêcher la Chine d’accéder aux ressources de l’Océan Indien et de l’Afrique, les États-Unis emploient la stratégie du chaos :
- Somalie : Maintenue sans gouvernement depuis 20 ans pour justifier la présence des flottes de l’OTAN au large de ses côtes (sous prétexte de « piraterie »), afin de contrôler le couloir maritime asiatique.
- Soudan : Le pays a été divisé (création du Sud-Soudan) par les Occidentaux pour s’accaparer les immenses réserves pétrolières, car le gouvernement de Khartoum avait eu l’affront de commercer avec la Chine. Mohamed Hassan prévient : « Si demain, Khartoum arrête de commercer avec la Chine, plus personne ne parlera du Darfour ».
- Erythrée : Ce petit pays est diabolisé et sanctionné par l’ONU car il a commis le « crime » de refuser l’aide de l’Occident (FMI) pour se développer de manière autonome (autosuffisance alimentaire, santé publique gratuite). Une vraie démocratie sociale que les USA veulent étouffer.
- Pakistan : Washington déstabilise le Pakistan en y étendant la guerre afghane et en favorisant les séparatistes du Baloutchistan, afin d’empêcher les Chinois d’y construire le port stratégique de Gwadar.
💸 PARTIE 6 : La clé du puzzle (Du Capitalisme à l’Impérialisme)
Pourquoi l’Occident agit-il avec une telle agressivité meurtrière ? La réponse se trouve dans les rouages profonds de notre système économique.
Le capitalisme, basé sur la recherche du profit maximum (en compressant les salaires), est structurellement condamné à générer des crises de surproduction : on produit trop de marchandises que les travailleurs, appauvris, ne peuvent plus acheter (comme lors de la grande crise de 1873). Pour survivre à ces crises, le capitalisme s’est transformé en impérialisme (comme l’a théorisé Lénine) : les banques monopolisent d’immenses capitaux qu’elles doivent obligatoirement exporter vers les pays du Sud (les colonies) pour s’emparer des matières premières et y générer des super-profits.
🏦 Le piège de la Dette et le Néolibéralisme
Dans les années 70, face à une nouvelle crise de surproduction, les États-Unis de Nixon suppriment la convertibilité du dollar en or. Ils passent un accord avec l’OPEP pour que le pétrole soit vendu exclusivement en dollars. Les « pétrodollars » sont recyclés par les banques occidentales sous forme de prêts toxiques aux pays du Sud. En 1979, les taux d’intérêt explosent : c’est la crise de la dette. Le FMI intervient alors comme « sauveur » en imposant les plans d’ajustement structurel néolibéraux (privatisations, casse sociale). C’est une recolonisation économique pure et simple de l’Afrique et de l’Amérique Latine.
Dans les pays occidentaux, le néolibéralisme (Reagan, Thatcher) s’est traduit par une offensive de l’élite financière contre les travailleurs (délocalisations, destruction des services publics, financiarisation de l’économie).
✨ Conclusion : Socialisme ou Barbarie ?
Refermer l’ouvrage de Michel Collon et Mohamed Hassan, c’est voir le voile de la propagande médiatique se déchirer. La multiplication des guerres (Irak, Afghanistan, Libye), la diabolisation de l’Islam et le pillage de l’Afrique ne sont pas des anomalies : ce sont les tentatives désespérées d’un empire étasunien et européen en déclin pour freiner l’émergence d’un monde multipolaire libre.
Mais l’hégémonie occidentale touche à sa fin. Face à un système capitaliste en faillite morale et économique, qui ne survit que par le sang et la dette, l’humanité (au Nord comme au Sud) se retrouve face à l’ultime alternative posée jadis par Rosa Luxemburg :
« Le socialisme ou la barbarie ? »
Les peuples du monde entier doivent refuser la division et construire une alternative progressiste, indépendante et égalitaire pour mettre un terme à l’hégémonie destructrice de l’impérialisme.
Sources : Cet article est basé sur l’ouvrage « La Stratégie du Chaos : Impérialisme et islam » par Michel Collon et Grégoire Lalieu, proposant des entretiens avec l’expert géopolitique Mohamed Hassan (Investig’Action).