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Logocratie de Clément Viktorovitch

Posted on novembre 29, 2025décembre 1, 2025 By jeansaistrop76@gmail.com Aucun commentaire sur Logocratie de Clément Viktorovitch

Les liens pour vous procurer les différentes versions

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Logocratie : Le Règne du Mensonge et la Dévitalisation de la Démocratie – Analyse de l’Ouvrage Choc de Clément Viktorovitch 🎙️


(Titre SEO optimisé : Logocratie Clément Viktorovitch, Mensonge Politique, Emmanuel Macron, Post-Vérité, Crise Démocratique, Saccage du Débat Public)

Sommaire

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  • Introduction : Le Mal Silencieux qui Ronge la Démocratie
    • Le Cas Macron : Vigie de la Vérité ou Propagateur ?
    • 🔑 Définir la Logocratie : Le Pouvoir de la Parole Dévoyée
  • 1. Le Tournant du Mensonge Politique International 🌎
    • De l’Où Mentir Était Honteux…
    • …Au Règne Décomplexé de l’Affabulation (Trump et Johnson)
    • Un Phénomène de Contagion Globalisée
  • 2. La Présidence Macron sous l’Objectif : Un Bilon Accablant 🇫🇷
    • Les Déclarations Négatives et les Promesses Volatilisées
    • Calomnie et Rejet des Responsabilités
    • Le Mensonge d’État : Les Affaires Clés (Masques, Retraites, Violences Policières)
  • 3. Anatomie de la Post-Vérité : L’Indifférence au Vrai 🤯
    • Mensonge vs. Anticatastase : Le Nouvel Art de l’Affabulation
    • Les Réseaux Sociaux et la Fragmentation du Débat (Chambres d’Écho)
  • 4. Le Saccage du Débat Public : Vider les Mots et les Concepts 🗣️
    • La Vacuité du Discours (L’Empire du Bon Sens)
    • L’Évidement et la Subversion des Mots (Islamogauchisme, Wokisme, CNR)
  • 5. Les Conséquences Démocratiques : État de Droit et Souveraineté Ébranlés ⚖️
    • L’État Contre les Droits : Lois Liberticides et Pratiques Répressionnelles
    • La Souveraineté Contre le Peuple : Ignorer le Verdict des Urnes
  • Conclusion : La Logocratie, Nouveau Modèle de Pouvoir 💡
    • La Leçon d’Orwell et d’Arendt

Introduction : Le Mal Silencieux qui Ronge la Démocratie

Le nouvel ouvrage de Clément Viktorovitch, Logocratie (Éditions du Seuil, 2025), se présente comme une contribution essentielle aux théories de la démocratie, visant à analyser la transformation profonde du discours politique. Longtemps, le discours politique n’a jamais été attendu comme d’une « parfaite honnêteté ». Les gouvernants ont toujours eu recours au mensonge, à l’arrangement, et à la dissimulation, une pratique inhérente à la nature même du pouvoir. Historiquement, cependant, se faire prendre entraînait une « sanction sévère ». Des figures comme Richard Nixon (Watergate), Bill Clinton (affaire Lewinsky), et Jérôme Cahuzac (déclarations à l’Assemblée) en témoignent : le mensonge découvert menait à l’opprobre et à la disqualification.

Toutefois, l’auteur constate un changement radical depuis plusieurs années, marqué par une « multiplication vertigineuse » des « mensonges gouvernementaux ». Il ne s’agit plus d’approximations ou de dissimulations honteuses, mais de « contrevérités assumées ». Aujourd’hui, le mensonge se banalise, employé non plus par nécessité mais par « commodité, par confort, voire par réflexe ». Ces affabulations, même repérées et réfutées, ne semblent plus accabler leurs auteurs, car « le scandale ne scandalise plus » et « l’indignation s’épuise ».

Le Cas Macron : Vigie de la Vérité ou Propagateur ?

Ce phénomène de banalisation du mensonge s’est manifesté au Royaume-Uni avec Boris Johnson, au Brésil avec Jair Bolsonaro, en Hongrie avec Viktor Orbán, et aux États-Unis avec Donald Trump, des contextes où l’on a parlé d’un basculement dans une « ère de la post-vérité ». En France, la présidence d’Emmanuel Macron a souvent été perçue, et s’est présentée elle-même, comme une « vigie de la vérité » face au populisme.

Pourtant, ce livre entend démontrer que cette profession de foi n’est rien d’autre qu’une « image soigneusement cultivée ». Loin d’avoir protégé la République contre la prolifération des mensonges, la présidence Macron y aurait au contraire fait basculer la France. L’ouvrage propose un « bilan amer, peut-être, mais scrupuleusement documenté des sept années » de la présidence, consignant méthodiquement les « atteintes répétées à la probité ». Le but est de montrer que la présidence Macron, habile à se présenter comme « progressiste », partage en réalité beaucoup avec des gouvernements « populistes » fustigés ailleurs.

🔑 Définir la Logocratie : Le Pouvoir de la Parole Dévoyée

La démocratie représentative est-elle viable lorsque la communication de l’État vise à obscurcir plutôt qu’à éclairer le jugement des citoyens? L’auteur, s’appuyant sur les travaux de Jürgen Habermas, Pierre Rosanvallon, Victor Klemperer, George Orwell et Hannah Arendt, montre que la banalisation du mensonge politique est une « destruction méthodique des conditions de possibilité de la démocratie représentative ».

Ce nouvel ordre où le pouvoir est exercé non plus par le peuple mais par « ceux qui se sont emparés de la parole » mérite un nom : la Logocratie. Ce concept désigne cette réalité que l’on peut enfin appréhender, ce « Minotaure qui rôde, affamé de dévorer de l’intérieur le cœur de l’idéal démocratique ».


1. Le Tournant du Mensonge Politique International 🌎

De l’Où Mentir Était Honteux…

Le mensonge en politique n’est pas nouveau. Déjà Platon voyait la rhétorique comme une potentielle « trahison de la parole », susceptible d’être utilisée pour la domination plutôt que l’élévation par le dialogue. Machiavel, quant à lui, invitait à la prise de conscience que si la fin est juste (la tranquillité du peuple), les moyens, « aussi funestes soient-ils, deviennent légitimes ».

Même la « langue de bois » – cet « art de travestir la réalité » en remplaçant les mots rudes par des termes acceptables – laissait des traces permettant de rechercher les indices de la falsification. Transmettre les outils de la rhétorique aux citoyens leur permet de résister à la séduction des discours.

Le mensonge est d’une gravité supérieure. Il est « indétectable pour qui n’a pas connaissance des réalités qu’il dissimule ». Historiquement, le mensonge entraînait une sanction sévère dans la démocratie représentative, bâtie sur le principe de la prééminence du consentement. L’histoire récente française illustre cette époque où le mensonge était une faute grave :

  • L’Affaire des Diamants (1979) : Valéry Giscard d’Estaing est accusé d’avoir reçu des diamants de Jean-Bedel Bokassa. Malgré un « démenti catégorique et méprisant », l’impression de malhonnêteté a fortement pesé dans sa défaite en 1981.
  • L’Affaire Cahuzac (2012) : Le ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, a nié catégoriquement posséder un compte à l’étranger, mentant « les yeux dans les yeux ». Sa chute fut provoquée par les faits, mais c’est surtout le mensonge qui marqua les esprits et enterra sa carrière.

Même à l’international, comme avec Bill Clinton (affaire Lewinsky), c’est souvent le « mensonge public » ou le parjure qui entache l’image des dirigeants, plus que les faits privés eux-mêmes. Mentir exigeait d’être prêt à en payer le prix.

…Au Règne Décomplexé de l’Affabulation (Trump et Johnson)

Quelque chose s’est brisé en 2016, faisant du mensonge une « norme décomplexée ». L’élection de Donald Trump et le référendum sur le Brexit ont marqué cette rupture, où la victoire s’est construite sur une « avalanche de mensonges proférés au grand jour, sans vergogne ni remords ».

  1. Donald Trump : Le règne de l’Affabulation (2016-…)
    • Trump a théorisé l’usage de l’exagération dans The Art of the Deal, parlant d’une « hyperbole véridique ».
    • Durant sa campagne, il s’est distingué par un rapport « distordu à la vérité ». En 2015, il a reçu le prix du « mensonge de l’année » pour l’ensemble de son œuvre. Plus des trois quarts de ses affirmations vérifiées se sont révélées trompeuses ou mensongères.
    • Un exemple frappant est son affirmation en 2015 selon laquelle 81 % des victimes blanches de meurtre auraient été tuées par des Afro-Américains, chiffre qui était en réalité de 15 %.
    • Au pouvoir, le Washington Post a recensé plus de trente mille mensonges et imprécisions en quatre ans, soit une moyenne de vingt et un par jour, qualifiée d’une « authentique campagne de désinformation ».
    • Ce qui singularise les mensonges trumpiens est leur caractère « éhonté » et l’audace de « contredire frontalement la réalité ». Dès son investiture en 2017, la Maison Blanche a nié le faible taux de participation, déclarant : « Ce fut la plus grande foule jamais vue pour une investiture, point barre ».
    • Sa conseillère, Kellyanne Conway, a inventé l’expression sidérante de « faits alternatifs ».
    • Face à l’obstination de Trump à réitérer des énoncés réfutés, les fact-checkers ont créé la catégorie des « Pinocchio sans fond » (Bottomless Pinocchio), réservée aux mensonges répétés au moins vingt fois, catégorie où seul Trump est représenté.
  2. Boris Johnson : L’Autre Virtuose du Boniment (2016-2022)
    • La campagne du Brexit (2016) fut fondée sur la désinformation, avec Johnson comme architecte principal.
    • Le mensonge le plus emblématique fut l’argument des « 350 millions de livres » versées chaque semaine à l’UE et promises au système de santé. Ce chiffre était grossièrement exagéré (deux à trois fois supérieur à la contribution nette). Malgré les démentis irréfutables d’experts, Johnson a persisté, l’inscrivant même sur le flanc de son bus de campagne.
    • Une fois Premier ministre (2019), il a continué l’affabulation systématique, par exemple en promettant la construction de « quarante nouveaux hôpitaux d’ici 2030 », alors que la majorité des projets n’étaient que des rénovations.
    • Le scandale du « Partygate » (fêtes tenues au 10 Downing Street durant le confinement Covid) a conduit à sa démission, après un rapport parlementaire concluant qu’il avait « menti explicitement, volontairement et à de multiples reprises ».

Un Phénomène de Contagion Globalisée

Ce phénomène s’est mondialisé, inspiré par Trump et Johnson, érigeant la contrevérité en art de gouverner :

  • Brésil (Jair Bolsonaro) : Il a explicitement pris exemple sur Trump, saturant l’espace public de mensonges (par exemple, accusant son adversaire de distribuer des « tétines en forme de pénis » pour promouvoir l’homosexualité).
  • Argentine (Javier Milei) : Il qualifie le réchauffement climatique de « mensonge socialiste » et discrédite tout article défavorable comme « fake news ».
  • Hongrie (Viktor Orbán) : Il a pris le contrôle des médias pour diffuser une propagande d’État fondée sur la désinformation, notamment la campagne contre George Soros.

Ce basculement dans une nouvelle ère du mensonge est précisément ce que l’on désigne par le terme de « logocratie ».


2. La Présidence Macron sous l’Objectif : Un Bilon Accablant 🇫🇷

Emmanuel Macron, qui s’était posé en « phare de la raison », a vu sa présidence marquée par des « atteintes répétées à la probité ».

Les Déclarations Négatives et les Promesses Volatilisées

Le mensonge s’installe d’abord par de petites entorses pour éviter l’embarras :

  • L’affaire des « fainéants » (2017) : Après avoir qualifié de « fainéants » ceux qui n’accepteraient pas ses réformes, son porte-parole (Christophe Castaner) a affirmé qu’il parlait en réalité des anciens présidents (Hollande, Sarkozy, Chirac), une interprétation démentie par Macron lui-même.
  • L’affaire du « Gaulois réfractaire » (2018) : Après avoir critiqué les Français comme des « Gaulois réfractaires au changement » depuis le Danemark, son porte-parole (Benjamin Griveaux) a prétendu qu’il visait uniquement « les partis politiques ». Macron a ensuite confirmé qu’il parlait bien du « peuple français » en général.
  • L’affaire du Chlordécone (2019) : Le Président a sidéré son auditoire en affirmant qu' »il ne faut pas dire que c’est cancérigène parce qu’on dit quelque chose qui n’est pas vrai ». Face au tollé scientifique, l’Élysée a nié la phrase, prétendant que Macron voulait dire qu' »on ne peut pas se contenter de dire que c’est cancérigène, il faut aussi agir ».
  • L’affaire Depardieu (2023) : Macron, grand admirateur de Depardieu malgré les accusations, a déclaré être contre les « chasses à l’homme ». Quelques mois plus tard, il a affirmé, sans rougir : « Je n’ai jamais défendu un agresseur face à ses victimes ».

Ces mensonges sont souvent des dénis, visant à inverser la réalité, comme le montre l’épisode des rumeurs sur Brigitte Macron à Hanoï (2025), où l’Élysée a d’abord prétendu qu’il s’agissait de « fausses images, générées par intelligence artificielle », alors que la séquence avait été diffusée par Associated Press. C’est une stratégie qui consiste à se présenter soi-même comme victime de désinformation.

De plus, de nombreuses promesses se sont volatilisées :

  • Les SDF : Macron avait promis en 2017 de ne plus vouloir « de femmes et d’hommes dans les rues » d’ici la fin de l’année. Cinq ans plus tard, le nombre de personnes sans domicile est en forte hausse. Face à cet échec, des députés de la majorité ont affirmé que c’était souvent « leur choix » de dormir à la rue.
  • Le Chèque Alimentaire : Promesse « réaffirmée à des dizaines de reprises », elle a été « brutalement abandonnée ».

Calomnie et Rejet des Responsabilités

Le gouvernement a également utilisé des contrevérités pour « salir, disqualifier voire diaboliser ses adversaires » :

  • L' »écoterrorisme » (2022) : Gérald Darmanin a accusé les militants anti-bassines de Sainte-Soline d’avoir des « modes opératoires qui relèvent… de ‘l’écoterrorisme' ». Le directeur de la DGSI a lui-même contredit cette qualification, affirmant qu’aucune action de nature terroriste n’avait été commise au nom de la cause environnementale.
  • L’instrumentalisation de Sciences Po (2024) : Sarah El Haïry a dénoncé l’occupation de Sciences Po par des étudiants propalestiniens, affirmant qu’il y avait eu de « l’antisémitisme assumé et des appels à la haine ». Ceci fut contredit par l’administrateur provisoire, Jean Bassères.

L’exécutif excelle à « tordre la réalité des faits, jusqu’à ne plus avoir à assumer la conséquence de ses actes » :

  • Finale de la Ligue des Champions (2022) : Face au chaos au Stade de France, Darmanin a blâmé les « trente mille à quarante mille supporteurs de Liverpool qui se sont présentés sans billet ou avec des billets falsifiés ». L’UEFA a démenti formellement, évoquant moins de trois mille faux billets.
  • Crise Agricole (2024) : Pour justifier de ne pas envoyer les forces de l’ordre face aux blocages, Darmanin a affirmé que les agriculteurs ne s’en prenaient pas aux bâtiments publics. C’était faux, un bâtiment de la direction régionale de l’environnement ayant explosé six jours plus tôt à Carcassonne.
  • Inaction Climatique : Emmanuel Macron a rejeté sur la période « d’avant » son élection (2017) la condamnation de la France pour inaction climatique, alors que la condamnation dite de « Grande-Synthe » visait directement les décisions prises sous sa présidence.

Le Mensonge d’État : Les Affaires Clés (Masques, Retraites, Violences Policières)

Certaines affaires ont pris l’ampleur d’un « mensonge d’État » :

  • L’Affaire des Masques (2020) : La France a affronté la Covid largement dépourvue de stock de masques, une pénurie due en partie aux coupes budgétaires. Pour masquer cette réalité, le gouvernement a menti : Sibeth Ndiaye a affirmé qu’il n’y avait « pas de risque de pénurie » et que les Français ne devaient pas acheter de masques. Le Président a lui-même affirmé : « Nous n’avons jamais été en rupture de masques. Ce qui est vrai, c’est qu’il y a eu des manques, il y a eu des tensions ». Une commission d’enquête sénatoriale a conclu que le gouvernement avait « sciemment dissimulé » le « fiasco des masques ».
  • La Réforme des Retraites (2023) : Face à l’hostilité massive (60 à 70 % de rejet), le gouvernement a multiplié les contrevérités. L’argument principal était la promesse d’une pension minimale à 1 200 euros pour une carrière complète. L’économiste Michaël Zemmour a démontré que le projet de loi ne contenait aucune mesure de cette sorte. Acculé, le ministre Franck Riester a rétorqué : « On n’a jamais dit que nous allions donner 1 200 euros à tout le monde ».
  • Les Mensonges sur les Violences Policières : C’est un domaine où le mensonge gouvernemental s’est « institutionnalisé ». Face aux « images accablantes, des blessés graves » et aux rapports internationaux, le gouvernement nie, minimise et inverse les responsabilités.
    • Lors de la manifestation de Sainte-Soline (2023), Darmanin a menti sur la nature des armes utilisées (« armes de guerre ») et a affirmé qu’il n’y avait pas eu de LBD tiré depuis des quads en mouvement (interdit), des affirmations réfutées par des rapports.
    • Christophe Castaner a nié l’existence de « violences policières ».
    • L’inversion atteint son paroxysme avec l’affaire de la Pitié-Salpêtrière (2019), où Castaner a fustigé l' »attaque d’un hôpital », alors que les manifestants fuyaient la nasse policière et qu’il n’y avait eu « ni violence, ni vandalisme, ni agression ».

Citation mise en valeur :

« Ne parlez pas de “répression” ou de “violences policières”, ces mots sont inacceptables dans un État de droit. » – Emmanuel Macron, Grand débat national, 2019

Cette déclaration du chef de l’État vise à interdire purement et simplement de dire le réel, faisant des mots décrivant la violence les « inacceptables ».


3. Anatomie de la Post-Vérité : L’Indifférence au Vrai 🤯

Le bouleversement actuel, où il est possible de mentir effrontément sans en payer le prix, porte le nom d’« ère de la post-vérité ».

Mensonge vs. Anticatastase : Le Nouvel Art de l’Affabulation

Pour comprendre la post-vérité, il faut distinguer :

  1. Contrevérité : Une erreur involontaire, due à l’ignorance ou la confusion, sans intentionnalité.
  2. Mensonge : Intention délibérée de tromperie, impliquant la connaissance de la vérité et la volonté de la dissimuler. Le menteur espère ne pas être découvert.
  3. Anticatastase : Une figure de style consistant à décrire une situation de « manière diamétralement opposée à la réalité ». Elle ne cherche plus à dissimuler le réel, elle le nie « frontalement, effrontément, au vu et au su de tous ».

L’anticatastase marque une rupture qualitative. Le praticien de l’anticatastase sait que sa malice est décelable et s’en moque. Elle impose une « réalité alternative » qui triomphe par l’audace et la répétition. Ce régime se rapproche de ce qu’Harry Frankfurt appelait l’« affabulation » (bullshit) : une parole « fondamentalement indifférente à la vérité ».

La post-vérité se définit comme des circonstances où « les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles ». C’est un état du débat public où la multiplication des contradictions mène à la « défiance généralisée » et au relativisme : « de toute façon, tout le monde ment ». La post-vérité transforme le mensonge en un simple « bruit de fond vaguement irritant ».

Les Réseaux Sociaux et la Fragmentation du Débat (Chambres d’Écho)

Le développement des réseaux sociaux est l’hypothèse la plus sérieuse pour expliquer l’imposition de la relativité des faits. L’idée des « bulles de filtres » suggérait que les algorithmes nous isolent en renforçant nos idées préconçues. Bien que les bulles se révèlent moins étanches qu’on ne le pensait, les algorithmes jouent un rôle ambivalent : ils nous exposent à la diversité mais aussi à des contenus radicaux qui renforcent l’exposition sélective.

Ceci a mené au concept des « chambres d’écho », où nous sommes immergés dans des communautés virtuelles qui amplifient nos propres pensées. Dans ces chambres, les membres « sont enjoints à se méfier des sources extérieures ». Les médias, les scientifiques, les experts sont discrédités, créant une « immunité cognitive face aux faits ».

Conséquence : l’effet retour de flamme. L’exposition à la réfutation d’une fake news au sein d’une chambre d’écho ne fait pas qu’échouer à changer les convictions ; elle peut même les affirmer davantage. La contradiction devient une confirmation.


4. Le Saccage du Débat Public : Vider les Mots et les Concepts 🗣️

Au-delà du mensonge simple, la logocratie se caractérise par une dégradation méthodique du langage visant à obscurcir le débat.

La Vacuité du Discours (L’Empire du Bon Sens)

La politique utilise des « concepts mobilisateurs » qui visent moins à signifier qu’à divertir. Des mots comme « justice, civisme, l’espérance, la République » servent de totems, masquant des clivages irréconciliables.

Le discours d’Emmanuel Macron est analysé comme une utilisation poussée de cette vacuité. L’analyse logométrique montre son « obsession du mouvement » (« transformer, bouger, renouveler »), avec des verbes souvent employés de manière intransitive, sans complément d’objet : « rassembler, ouvrir, transformer » (mais rassembler qui ? transformer quoi ?).

Sa rhétorique se caractérise par :

  • Un vocabulaire apolitique : « croire en nous-mêmes, projet, optimiste, espoir ».
  • Le procédé du « en même temps », qui met en balance des concepts contradictoires (« libérer » et « protéger ») pour permettre à chaque auditeur de retenir ce qui l’arrange, sans information claire sur l’action future.

De plus, l’« empire du bon sens » est un totem utilisé pour se dispenser d’argumenter, transformant les préjugés en évidences. L’affaire des « écrans plats » illustre ce recours aux préjugés pour justifier la surveillance des familles pauvres, le ministre Jean-Michel Blanquer affirmant : « On sait bien… qu’il y a des achats d’écrans plats plus importants au mois de septembre », malgré les études le contredisant.

Gérald Darmanin a incarné l’anti-intellectualisme, affirmant préférer « le bon sens du boucher-charcutier de Tourcoing » aux travaux scientifiques sur la délinquance. Le bon sens devient le « fossoyeur de la raison commune ».

L’Évidement et la Subversion des Mots (Islamogauchisme, Wokisme, CNR)

La logocratie utilise des « concepts épouvantails » (mots vides de sens mais pleins de fureur) pour disqualifier l’adversaire. Le gouvernement Macron a repris ces pratiques, à l’image de Donald Trump qui utilise fake news media ou Crazy Kamabla.

  1. L’Islamogauchisme : Ce terme, forgé dans les années 2000, est devenu un pur épouvantail, « évidé de toute substance » pour disqualifier la gauche et les Français musulmans. Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal ont introduit le terme au cœur des discours gouvernementaux. Vidal a même demandé au CNRS une enquête sur ce courant. Le CNRS a tranché avec netteté : « L’islamo-gauchisme, slogan politique utilisé dans le débat public, ne correspond à aucune réalité scientifique. ». L’usage par le gouvernement a conféré une immense visibilité et légitimité à ce mot, que 58 % des Français estimaient correspondre à un courant de pensée répandu.
  2. Le Wokisme : Dès que l’islamo-gauchisme fut discrédité, le terme « wokisme » l’a mystérieusement remplacé dans le débat. C’est une autre arme de disqualification, massivement reprise par le gouvernement (« la République est aux antipodes du wokisme »).
  3. La Subversion des Concepts : Macron s’est engagé dans une « guerre sémantique » en empruntant des mots pour en altérer la définition.
    • « Révolution » : Son livre programme s’intitulait Révolution, mais l’analyse de son discours révèle une rhétorique de « conservation » plutôt que de « rupture ». Il s’approprie le mot pour neutraliser sa charge subversive.
    • « Revenu Universel d’Activité » (RUA) : Macron a récupéré l’appellation « Revenu Universel » (proposition phare de Benoît Hamon) pour un projet qui n’était qu’une fusion de prestations existantes (allocation unique). L’objectif était de « capturer un concept subversif pour le vider de sa substance et, ainsi, neutraliser durablement son potentiel de transformation ».
    • « Conseil National de la Refondation » (CNR) : En utilisant l’acronyme CNR, Macron a cherché à s’associer au Conseil National de la Résistance, institution qui a inspiré les grandes lois sociales de la Libération. Or, sa présidence a systématiquement remis en cause cet héritage (réforme des retraites, statut des cheminots). Le ministre Olivier Véran a même déclaré : « La logique qui guide la réforme que nous proposons aujourd’hui, c’est l’esprit du Conseil national de la Résistance ».

Cette stratégie est une « volonté méthodique de verrouiller le débat public, en confisquant jusqu’aux mots qui permettraient de penser autrement ».


5. Les Conséquences Démocratiques : État de Droit et Souveraineté Ébranlés ⚖️

La logocratie est la « condition de possibilité du démantèlement démocratique ». L’attaque contre les mots précède toujours l’attaque contre les institutions.

L’État Contre les Droits : Lois Liberticides et Pratiques Répressionnelles

Le cas français révèle une « inclination du pouvoir pour des mesures aux accents liberticides », souvent censurées par le Conseil constitutionnel :

  • Loi « anticasseurs » (2019) : Le gouvernement visait à ficher les « casseurs » présumés pour les priver de leur droit de manifester. Les ministres ont défendu cette mesure en affirmant qu’elle visait à « protéger les manifestants eux-mêmes ». Le Conseil constitutionnel a censuré l’interdiction de manifester, jugeant qu’elle portait « atteinte au droit d’expression collective des idées et des opinions ».
  • Loi « sécurité globale » (2020) : L’article 24 pénalisant la diffusion « malveillante » d’images des forces de l’ordre fut présenté par Gérald Darmanin comme complémentaire à la liberté de la presse. Le Conseil constitutionnel a censuré l’intégralité du dispositif.

Ces offensives contre l’État de droit ont été conçues grâce à l’inversion logocratique : une attaque contre la liberté de la presse fut déguisée en défense de la liberté d’expression.

Les pratiques répressives se sont multipliées : la loi SILT (2017) a transféré des mesures de l’état d’urgence dans le droit commun, normalisant ainsi l’exception. Ceci a été immédiatement dénoncé par les organismes de défense des droits (CNCDH, ONU).

Le bilan des violences policières, notamment durant les Gilets jaunes, est lourd (2 500 blessés, 24 yeux crevés). Face à cette réalité documentée par des rapports internationaux (Human Rights Watch, Amnesty International, ONU), le gouvernement s’est enferré dans le déni, utilisant des euphémismes. Macron a même jugé « inacceptables » les mots « répression » ou « violences policières », démontrant une interdiction pure et simple de dire le réel.

La Souveraineté Contre le Peuple : Ignorer le Verdict des Urnes

La logocratie a permis à la présidence Macron de contourner la volonté populaire, en ignorant l’impératif de « réactivité ».

  • Le Grand Débat National (2019) : Malgré les « deux aspirations majeures » clairement exprimées par les citoyens (approfondissement démocratique et justice fiscale/rétablissement de l’ISF), Emmanuel Macron a balayé sereinement ces propositions, assumant de « piétiner le principe de réactivité ».
  • La Convention Citoyenne pour le Climat (2020) : Macron s’était engagé à soumettre les propositions « sans filtre ». Cependant, sur les 149 propositions, seules 18 ont été reprises « sans filtre », le projet de loi final étant une « pâle copie édulcorée ». Le Président a célébré le « contrat moral » tout en filtrant les conclusions qu’il a lui-même initié, montrant qu’il n’entendait pas laisser son action être infléchie par la volonté des citoyens.
  • La Réforme des Retraites (2023) : Texte rejeté par l’immense majorité (60 à 70 % des Français) et combattu par tous les syndicats, le gouvernement l’a justifié en présentant la réforme comme le « fruit du dialogue et de la négociation », multipliant les mensonges sur le financement ou l’absence de perdants.

L’Affaire de la Dissolution (2024) : Après la défaite aux élections législatives, le bloc présidentiel s’est maintenu au pouvoir malgré la victoire relative du Nouveau Front Populaire (NFP). Pour justifier son refus de nommer un Premier ministre issu de l’alliance arrivée en tête (le NFP), l’argument martelé par l’exécutif fut : « personne n’a gagné ». Cet argument, bien que non stricto sensu faux (absence de majorité absolue), est « éminemment fallacieux ». Il simplifie la réalité pour ignorer qu’une force est arrivée première, ce qui est capital pour la désignation du Premier ministre.

L’aveu final de Gérald Darmanin (« Le Président de la République m’a fait savoir qu’il ne souhaitait pas faire appel à la première alliance sortie des urnes ») et l’acceptation par Aurore Bergé de participer au gouvernement tout en reconnaissant avoir « perdu les élections » illustrent le paroxysme de la post-vérité : reconnaître l’absence de légitimité à gouverner, tout en revendiquant le désir de demeurer au gouvernement.


Conclusion : La Logocratie, Nouveau Modèle de Pouvoir 💡

L’étude de la présidence Macron révèle un « recul inédit des droits et libertés » et une neutralisation méthodique des surgissements de la volonté populaire.

La Leçon d’Orwell et d’Arendt

Le concept de logocratie est éclairé par les analyses des régimes totalitaires :

  • Victor Klemperer (LTI) : La langue du Troisième Reich a inoculé l’idéologie, rendant l’impensable acceptable par l’appauvrissement calculé du lexique et les euphémismes.
  • George Orwell (1984 et La Politique et la langue anglaise) : La « novlangue » vise à rendre toute pensée hérétique impossible. La « double-pensée » exige l’acceptation simultanée de deux convictions contradictoires (ex: « La guerre, c’est la paix »). La post-vérité a ressuscité cette double-pensée dans le discours démocratique (ex: mesures liberticides présentées comme protection des libertés).
  • Hannah Arendt : Le mensonge traditionnel cherche à cacher la vérité ; le mensonge moderne vise à la détruire. Le résultat d’une « substitution cohérente et totale de mensonges à la vérité de fait » n’est pas l’acceptation des mensonges comme vérité, mais la destruction du « sens par lequel nous nous orientons dans le monde réel ». La post-vérité est le triomphe de cette indifférence au faux et au vrai.

Définition de la Logocratie

La Logocratie est une pratique du pouvoir dans laquelle le peuple se voit entravé dans sa capacité à se forger un jugement par ceux qui, s’étant emparés de la parole officielle, ont également acquis et se résolvent à utiliser le pouvoir d’imposer leurs mots contre le réel.

Elle n’est pas un régime politique qui abolit les institutions démocratiques, mais une pratique qui les corrompt de l’intérieur en dissolvant le cœur du débat public. La Logocratie est l’instrument qui a permis à Macron de s’affranchir de la « retenue institutionnelle » (Levitsky et Ziblatt) et de se livrer à un « brutalisme constitutionnel », légitimant ainsi des pratiques dangereuses pour l’avenir.

La France est aujourd’hui une logocratie. Le mensonge est un mode de communication dans une « volonté assumée d’entraver la formation du jugement des citoyens ». Quand « l’indicible devient assumable, ce qui était autrefois impensable devient possible ».

Analogie de Conclusion : La Logocratie, c’est comme un navire démocratique dont la coque et les voiles (les institutions et le vote) sont intacts, mais dont la boussole (la vérité partagée et le débat éclairé) a été sabotée par l’équipage au profit de cartes mensongères. L’équipage continue de prétendre suivre la bonne route, forçant les passagers à croire à une réalité alternative, jusqu’à ce que le navire s’échoue sur des écueils autoritaires. Le concept de Logocratie est l’acte de nommer ce sabotage, donnant ainsi aux passagers le pouvoir de reprendre la barre.

Essai, Politique Tags:Affaire des masques, Anticatastase, Boris Johnson, Clément Viktorovitch, CNR Refondation, Débat public, Décivilisation, Donald Trump, Double-pensée, Emmanuel Macron, État contre les droits, François Bayrou, George Orwell, Hannah Arendt, Islamo-gauchisme, Jair Bolsonaro, Langue de bois, Logique de réactivité, Logocratie, Mensonge politique, Novlangue, Politique au défi du mensonge, Post-vérité, Promesses volatilisées, Réforme des retraites, Saccage du langage, Souveraineté populaire, Victor Klemperer, Violences policières, Wokisme

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