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Ozempic, la Révolution de l’Obésité : Résumé et Analyse Complète de l’Enquête de Fabrice Delaye 🚀
Le livre de Fabrice Delaye, Ozempic, la révolution de l’obésité, est bien plus qu’une simple présentation d’un nouveau médicament: c’est une enquête captivante qui retrace la saga humaine et scientifique de la découverte des agonistes du GLP-1 (Glucagon-Like Peptide-1), de leurs applications contre le diabète et l’obésité, et des bouleversements économiques et sociétaux qu’ils engendrent. Ces peptides, dont l’Ozempic (sémaglutide) est le plus célèbre représentant, sont décrits comme le possible plus grand « blockbuster » pharmaceutique de tous les temps, avec des revenus projetés oscillant entre 50 et 100 milliards d’euros par an.
Ce nouveau traitement, permettant d’obtenir la minceur sur ordonnance, est considéré comme une véritable révolution médicale. Mais derrière ce succès spectaculaire se cachent des batailles pour la reconnaissance scientifique, des enjeux financiers vertigineux, des problèmes de pénurie et de contrefaçon, ainsi que de profondes questions sur la nature humaine et notre rapport à la nourriture.
L’Incroyable Saga Scientifique du GLP-1 : Des Tripes de Cochon au Nobel 🔬
Le Pr Patrick Aebischer, dans sa préface, rappelle que pendant que l’oncologie et les neurosciences progressaient, les affections métaboliques comme le diabète restaient en retrait, malgré la découverte et la synthèse de l’insuline. La véritable percée est venue d’une poignée de chercheurs qui, depuis les années 1980, s’activaient à identifier des peptides sécrétés par l’intestin, appelés incrétines.
La longue quête des Incrétines et l’ère de l’Insuline
L’histoire moderne des traitements métaboliques est indissociable de l’insuline, découverte en 1921 par Frederick Banting, qui lui valut le prix Nobel en 1923. L’insuline a jeté les bases scientifiques et industrielles pour le GLP-1. Ce fut le premier « médicament miracle » du XXe siècle, dont la production a évolué de l’extraction à partir de pancréas animaux (bœufs américains et cochons danois) à la production par génie génétique (insuline recombinante) à partir des années 1980, une transition menée par Novo Nordisk et Eli Lilly.
Cependant, c’est l’identification d’une incrétine qui allait changer la donne pour le diabète adulte. Le plus célèbre de ces peptides, le GLP-1 (glucagon-like peptide-1), stimule la sécrétion d’insuline. Initialement, son développement clinique était entravé par sa durée de vie extrêmement courte, de seulement quelques minutes.
La découverte du GLP-1 : Baudroies, Hamsters et un Peptide Tronqué
L’enquête de Delaye met en lumière l’extraordinaire effort pour isoler et comprendre ce peptide. Il a fallu récolter d’énormes quantités d’intestins de porc par Jens Holst à Copenhague, et de baudroies pêchées dans la baie du Massachusetts par l’équipe de Joel Habener pour isoler la séquence génétique du précurseur du glucagon, qui contenait les peptides GLP-1 et GLP-2.
Un moment critique fut l’identification de la forme biologiquement active du GLP-1. Graeme Bell avait découvert la séquence chez le hamster. Cependant, les peptides prédits par cette structure étaient initialement inactifs.
C’est la biochimiste d’origine macédonienne, Svetlana Mojsov, qui a synthétisé le peptide tronqué (GLP-1 7-37). Elle a prédit que l’hormone active serait coupée après le 6e acide aminé.
« J’ai immédiatement prédit que cette forme raccourcie serait celle du peptide biologiquement actif, parce que la similarité de séquence entre celle du GLP-1 et celle du glucagon commençait là, à partir du 7e acide aminé. »
En 1987, les équipes de Mojsov/Habener/Weir (synthétique) et Jens Holst (naturel) ont démontré que cette forme tronquée du GLP-1 (7-36 ou 7-37) entraînait la sécrétion d’insuline, mais uniquement lorsque le niveau de glucose était élevé, éliminant ainsi le risque d’hypoglycémie grave.
Le rôle crucial du récepteur GLP-1 (Bernard Thorens)
Une autre étape indispensable fut le clonage du récepteur du GLP-1. Pour qu’une hormone agisse, elle doit se lier à une « serrure » spécifique sur la cellule cible. C’est le biologiste suisse Bernard Thorens qui a réalisé ce « tour de force » seul et a publié le clonage du récepteur en 1992.
La découverte de ce récepteur fut capitale non seulement pour prouver le mécanisme d’action dans les cellules bêta du pancréas, mais aussi parce qu’il fut découvert dans d’autres régions, notamment le cerveau. C’est cette présence cérébrale qui explique l’effet du GLP-1 sur la satiété.
Le monstre de Gila et l’Exendine-4 (Le premier analogue)
Malgré la confirmation de l’efficacité du GLP-1 (7-37) chez l’homme en 1992, l’industrie pharmaceutique restait prudente, notamment à cause de la brièveté de sa demi-vie.
La solution au problème de stabilité est venue de façon inattendue de la récolte du venin du monstre de Gila, un lézard d’Arizona. Le chercheur John Eng y a identifié une molécule similaire au GLP-1, l’Exendine-4. Ce peptide, issu d’un reptile, présentait l’avantage crucial de ne pas être rapidement dégradé par l’enzyme DPP-4 et d’avoir une durée de vie prolongée (plusieurs heures).
L’Exendine-4, développé par Amylin Pharmaceuticals, est devenu le premier agoniste du récepteur GLP-1 commercialisé en 2005 sous le nom de Byetta. Bien que son succès fût éphémère (il nécessitait deux injections par jour et fut rapidement dépassé), il a prouvé à l’industrie qu’un agoniste du GLP-1 pouvait devenir un médicament commercial rentable.
La Pharmacie face au Défi de l’Obésité : Du Cimetière des Coupe-Faim au Blockbuster Mondial 💸
L’enquête de Delaye montre que le chemin vers la commercialisation du traitement anti-obésité fut semé d’embûches, non seulement scientifiques (la demi-vie courte), mais aussi à cause de la mauvaise réputation historique des coupe-faim.
L’échec historique des traitements contre l’obésité (Fen-Phen, Acomplia)
L’industrie pharmaceutique a longtemps échoué à traiter l’obésité; le domaine des coupe-faim est décrit comme un « vaste cimetière de molécules inefficaces ou dangereuses ». L’histoire est jalonnée de scandales, depuis l’utilisation des amphétamines dans les années 1950 jusqu’aux désastres plus récents.
Le pire fut le cocktail Fen-Phen (fenfluramine + phentermine) qui, dans les années 1990, causa des centaines de morts et des problèmes cardiaques, entraînant un règlement judiciaire de 12 milliards de dollars pour le laboratoire Wyeth. Le fiasco du coupe-faim Acomplia (antagoniste du récepteur CB1) de Sanofi en 2008, retiré du marché car il provoquait dépression et idées suicidaires, a renforcé la prudence des managers.
Ce contexte a rendu les dirigeants pharmaceutiques sceptiques quant au potentiel du GLP-1 pour la perte de poids. Richard DiMarchi, un biochimiste clé chez Eli Lilly, a même vu ses brevets sur l’utilisation du GLP-1 contre l’obésité abandonnés en 2003, car la direction n’y croyait pas.
Novo Nordisk et la traversée de la « Vallée de la Mort »
C’est l’entreprise danoise Novo Nordisk qui a montré la plus grande ténacité. Mads Krogsgaard Thomsen et la chimiste Lotte Knudsen ont dirigé le développement, même si au départ la direction considérait l’obésité comme une « maladie du style de vie » et affirmait : « Nous ne sommes pas une entreprise de produits cosmétiques ».
La clé pour Novo Nordisk fut de résoudre l’énigme de la demi-vie du GLP-1. Lotte Knudsen a eu l’idée d’incorporer un acide gras à la molécule (séquence GLP-1). Cet acide gras permettait à la molécule modifiée de se lier à l’albumine, une protéine du sang à longue durée de vie, protégeant ainsi le peptide de la dégradation par l’enzyme DPP-4 et de l’élimination rénale.
- Le Liraglutide (Victoza/Saxenda): Ce premier analogue stable nécessitait une injection quotidienne. Il fut autorisé contre le diabète (Victoza) en 2009 et, après des essais supplémentaires prouvant son efficacité modeste (8% de perte de poids en moyenne), il fut autorisé contre l’obésité (Saxenda) en 2014, marquant une première mondiale.
- Le Sémaglutide (Ozempic/Wegovy): L’équipe de Novo a ensuite amélioré la stabilité pour atteindre une injection hebdomadaire. Le sémaglutide a montré une perte de poids moyenne de 15% lors des essais cliniques, correspondant aux attentes des patients obèses. Ozempic fut approuvé en 2017 pour le diabète et Wegovy, sa déclinaison contre l’obésité, en 2021.
Le retour fracassant d’Eli Lilly : L’ère des Polyagonistes
Eli Lilly a raté le train du GLP-1 pendant deux décennies, mais a opéré un retour spectaculaire avec l’arrivée des polyagonistes.
Inspirés par la nature (l’oxyntomoduline, un double agoniste naturel), les chercheurs de Lilly ont mis au point une molécule ciblant simultanément plusieurs récepteurs d’hormones digestives: le GLP-1 et le GIP (gastric inhibitory polypetide).
- Le Tirzépatide (Mounjaro/Zepbound): Ce double agoniste a provoqué un « coup de tonnerre » en 2018 en affichant des résultats de perte de poids plus importants que le Sémaglutide. Mounjaro fut homologué en 2022 et Zepbound (pour l’obésité) en 2023. Zepbound est aujourd’hui le médicament le plus efficace, avec une perte de poids moyenne de 22,5%.
La course ne s’arrête pas là : Eli Lilly développe le Rétatrutide, un « triple G » agoniste qui cible GLP-1, GIP et Glucagon, atteignant des réductions de poids allant jusqu’à 24% lors d’essais préliminaires.
Les Enjeux Colossaux d’une Molécule Miracle : Économie, Pénurie et Société 🌍
L’arrivée des agonistes du GLP-1 a entraîné des conséquences qui dépassent largement le cadre de la médecine.
Une mine d’or et la course à la production
Les bénéfices économiques sont sans précédent. En 2023, Novo Nordisk a vendu pour 17 milliards de dollars de ses deux blockbusters. Sa valorisation boursière a dépassé les 600 milliards de dollars, surpassant LVMH et même le PIB du Danemark. Eli Lilly atteint les 800 milliards de dollars.
Ces marges sont stupéfiantes : la production d’un traitement d’un mois coûte moins de 55 euros au laboratoire, mais est facturée entre 250 francs suisses et 1 000 dollars aux États-Unis.
Face à cette demande explosive, la capacité de production ne suit pas. C’est là qu’interviennent les entreprises spécialisées dans la chimie des peptides. Trois entreprises suisses dominent ce marché de sous-traitance (CDMO): Bachem (25% du marché), PolyPeptide (15%) et CordenPharma. La production de peptides est une « chimie d’horloger » extrêmement difficile, nécessitant une précision de 99,9% à chaque étape pour assembler les acides aminés.
Novo Nordisk investit massivement, avec plus de 30 milliards d’euros annoncés pour augmenter ses capacités, notamment à Kalundborg, au Danemark, qui connaît un âge d’or économique grâce à cette pluie de milliards.
La controverse des brevets et la reconnaissance scientifique (Svetlana Mojsov)
Malgré le triomphe industriel, l’histoire est entachée par des querelles de préséance. Le GLP-1 est fortement pressenti pour un prix Nobel de médecine.
Svetlana Mojsov se bat pour la reconnaissance de son rôle essentiel dans la première synthèse de la forme active (tronquée) du GLP-1. Bien qu’elle soit aujourd’hui sur la « short list » du Nobel et ait reçu d’importantes récompenses (prix Lasker 2024), elle avait été initialement écartée du brevet déposé par Joel Habener au Massachusetts General Hospital en 1990. Elle a finalement été reconnue sur le brevet après un combat judiciaire de dix ans.
« Un prix Nobel devrait récompenser les chercheurs qui ont été à la base de cette fantastique découverte. Revers de la médaille, ces succès aiguisent les appétits et dévoilent la face humaine de cette aventure. »
Usages détournés et pénuries (Le « Visage Ozempic »)
L’engouement est tel que les molécules se sont arrachées par des personnes cherchant simplement à perdre quelques kilos pour des raisons esthétiques, créant des marchés parallèles et des pénuries chroniques qui touchent les patients diabétiques ou gravement obèses, pour qui ces médicaments sont vitaux. Les médecins spécialistes dénoncent le fait que ces traitements sont prescrits sans indication médicale par des personnes aisées.
Sur le plan esthétique, le phénomène de perte de poids rapide a même créé l’expression « Visage Ozempic » (Ozempic Face), décrivant les rides et le vieillissement causés par l’amincissement accéléré, un effet connu également de la chirurgie bariatrique.
Au-delà de l’obésité : Nouveaux espoirs médicaux (Cœur, Rein, Addictions)
L’un des aspects les plus prometteurs du GLP-1 est que ses bénéfices pourraient s’étendre bien au-delà du diabète et de l’obésité, ouvrant la voie au rêve d’un « médicament miracle ».
- Santé Cardiovasculaire et Rénale: Les essais cliniques SELECT (Novo Nordisk, Sémaglutide) ont montré une diminution de 20% du risque d’accidents cardiaques graves chez les patients obèses non diabétiques. L’essai FLOW (Ozempic) a démontré une réduction de 24% des insuffisances rénales. Ces effets protecteurs semblent se produire avant même qu’une perte de poids significative ne soit atteinte.
- Maladies Hépatiques et Neurologiques: L’application du GLP-1 est prometteuse pour le traitement de la maladie du foie gras non alcoolique (MASH). Des recherches sont également en cours sur des maladies neurodégénératives comme Alzheimer (essai de phase 3 par Novo Nordisk) et Parkinson.
- Addictions: Le GLP-1 agit sur le système limbique (le cerveau émotionnel) et le circuit de la récompense. L’activation de ces récepteurs pourrait supprimer le phénomène de récompense lié à l’abus de substances. Des recherches sont menées pour traiter les addictions à l’alcool, à la nicotine, et aux drogues dures (opioïdes/fentanyl), avec des résultats préliminaires encourageants montrant une diminution de la prise de substance chez l’animal et chez certains patients humains.
Analyse Critique et Réflexion Sociétale 🤔
Les revers de la médaille : Effets secondaires et durabilité du traitement
Malgré les avantages, les analogues du GLP-1 ne sont pas sans inconvénients.
- Effets Secondaires Gastro-intestinaux : Les effets les plus courants sont les nausées, les vomissements, les diarrhées et la constipation, surtout en début de traitement. Bien que généralement gérables par un ajustement progressif des doses et un encadrement, ces effets sont une cause d’abandon du traitement pour certains patients.
- Reprise de Poids et Perte Musculaire : L’arrêt des injections est presque systématiquement lié à une rapide reprise de poids, souvent accompagnée d’une perte importante de la masse musculaire. Les professionnels de santé insistent sur la nécessité d’une prise en charge multidisciplinaire incluant des changements durables de style de vie, de régime et d’exercice physique, car le médicament seul ne suffit pas à maintenir le poids perdu.
- Incertitudes à Long Terme : Des effets graves comme la pancréatite, le cancer de la thyroïde, ou même les idées suicidaires ont été soulevés, mais les données de pharmacovigilance et les essais cliniques n’ont pour l’instant pas permis d’établir de lien de cause à effet significatif ni de surrisque accru chez l’homme par rapport aux groupes de contrôle. La prudence reste de mise, et les antécédents familiaux de cancer de la thyroïde demeurent une contre-indication dans certains pays.
L’impact environnemental de la production peptidique
Le succès des analogues GLP-1 a un coût environnemental important. Leur synthèse chimique nécessite l’utilisation de solvants organiques très polluants. Le N,N-dimethylformamide (DMF) est classé CMR (cancérigène, mutagène, reprotoxique) par la législation européenne.
La production de peptides génère une quantité massive de déchets: on parle de 15 à 30 tonnes de déchets par kilogramme de peptides produits. Cela fait des agonistes du GLP-1 « les molécules pharmaceutiques les moins respectueuses de l’environnement ».
Le futur paramétré : GLP-1 et l’IA (Conclusion du livre)
En conclusion, Fabrice Delaye rapproche la révolution Ozempic de celle de l’intelligence artificielle générative. Ces deux technologies, bien que différentes, ont un impact direct sur des aspects fondamentaux de l’expérience humaine que l’on pensait inviolables: notre créativité (IA) et notre désir/appétit (GLP-1).
Le GLP-1 module notre système de la récompense. Si ces molécules sortent du strict cadre médical et deviennent accessibles au marché de masse cherchant la minceur esthétique, la question se pose : à quoi ressemblera une société de gens minces dont le plaisir (y compris le plaisir de manger et la joie de vivre) est modulé à la baisse par des hormones artificielles ?.
Delaye se demande s’il ne serait pas préférable de s’attaquer à la malbouffe, la cause évidente de l’épidémie d’obésité, plutôt que de se fier uniquement à une solution technologique pour contrer une « voracité programmée » par l’évolution.
« Ces molécules nous aident à reprendre le contrôle de notre métabolisme issu de l’évolution. Et à prévenir toutes sortes de maladies issues de notre voracité programmée. »
En brisant le tabou du marché de masse et en offrant un outil puissant pour reprendre le contrôle de notre métabolisme, le GLP-1 est indéniablement un tournant historique. Cependant, les enjeux éthiques, environnementaux, et les questions d’accessibilité (notamment le casse-tête du remboursement à vie) rappellent que cette révolution est loin d’être achevée.
Le GLP-1, c’est comme une clé de garage universelle 🗝️. Initialement conçue pour ouvrir la porte de la régulation du sucre (le diabète), cette clé s’est révélée capable d’ouvrir de multiples autres portes dans le corps humain: celle de la satiété, celle de la protection cardiovasculaire et rénale, et peut-être même celle de la gestion des addictions. Mais quand une seule clé ouvre toutes les serrures, on doit s’assurer que seuls ceux qui en ont vraiment besoin y aient accès, et que l’on maîtrise les conséquences de l’utilisation de cette nouvelle technologie miracle.