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🛑 L’Énergie du Déni : La transition énergétique est-elle une immense illusion ? (Résumé & Analyse)
Et si toutes nos certitudes sur l’écologie étaient fausses ? Et si le déploiement massif des panneaux solaires, des éoliennes et des voitures électriques ne permettait absolument pas de sauver le climat, mais contribuait au contraire à l’aggraver ?
Dans son essai percutant « L’énergie du déni : Comment la transition énergétique va augmenter les émissions de CO2 » (Éditions Rue de l’échiquier, 2021), le chercheur indépendant Vincent Mignerot jette un pavé dans la mare de l’écologie politique et du capitalisme vert. Loin des discours rassurants, l’auteur démontre, en s’appuyant sur les lois implacables de la thermodynamique et de la systémique, que la « transition » est une impasse.
Découvrez dans cette analyse complète pourquoi les énergies dites vertes ne font que renforcer l’industrie fossile, et comment notre société s’invente de nouveaux mythes (comme le « collapswashing ») pour refuser de voir la réalité en face.
🏎️ Introduction : L’illusion de la maîtrise et l’échec de la transition
Dès l’introduction, Vincent Mignerot convoque une image frappante : celle d’une publicité pour la marque de pneus Pirelli des années 2001, dont le slogan était « Sans maîtrise, la puissance n’est rien ». Dans ce spot, des dizaines de pneus dévalaient une montagne pour finir dans le précipice, seul le pneu Pirelli parvenant à s’arrêter à temps. La transition énergétique ressemble à s’y méprendre à cette publicité : derrière l’illusion technologique et politique de la maîtrise, se cache un emballement destructeur.
Les programmes étatiques promettent que le nucléaire, le solaire, l’éolien ou la biomasse vont se substituer au charbon, au pétrole et au gaz pour préserver l’habitabilité de la planète. Pourtant, les faits sont têtus. S’appuyant sur les travaux de l’historien Jean-Baptiste Fressoz, Mignerot rappelle une vérité historique dérangeante : les énergies dites de substitution (ENS) se sont toujours additionnées aux autres, elles ne les ont jamais remplacées.
« L’ingénieur Jean-Marc Jancovici précise même qu’entre 2000 et 2017, à l’échelle mondiale, pour une unité supplémentaire d’énergie produite par l’éolien ou par le photovoltaïque, il en a été généré respectivement six et quatorze fois plus par le charbon. »
Face à l’urgence absolue décrite par le GIEC (réduire de moitié les émissions d’ici 2030 pour éviter des températures létales), nos stratégies actuelles échouent. Pire, selon l’auteur, nos récits de transition travestissent intentionnellement la réalité pour protéger les privilèges d’une minorité.
⚛️ Partie 1 : La Physique contre les fantasmes économiques
Pour comprendre pourquoi la transition bloque, il faut redescendre aux fondamentaux : la physique. Qu’est-ce que l’énergie ? Citant le physicien Richard Feynman, Mignerot rappelle que « nous ne savons pas ce qu’est l’énergie ». L’énergie n’est pas une substance, c’est simplement « la capacité à modifier un état ou à produire un travail ».
🍰 Le dictat de la Thermodynamique : Irréversibilité et Entropie
Tout ce que l’humanité fait avec l’énergie, c’est l’extraire de son milieu (soleil, flux de l’eau, biomasse, hydrocarbures fossilisés, uranium) pour générer des transformations. Or, ces transformations sont soumises à deux principes absolus :
- L’irréversibilité : Mignerot utilise l’allégorie de la cuisson d’un gâteau. Une fois la farine, les œufs et le sucre mélangés et cuits, aucune technologie au monde ne permet de revenir en arrière pour retrouver les ingrédients séparés.
- L’entropie (le désordre) : Imaginez une fête où l’on jette des confettis. Les balayer et les regrouper demandera infiniment plus de temps et d’énergie que le simple geste de les disperser.
L’économie humaine entière est soumise à cette loi : nous prenons des minerais concentrés et nous les dispersons sous forme de déchets irrécupérables.
♻️ Le mythe ravageur du recyclage et de la « Croissance Verte »
Face à l’entropie, l’industrie du recyclage est souvent présentée comme la solution miracle. C’est faux. Récupérer des matériaux dispersés nécessite une quantité colossale d’énergie, pour un résultat souvent médiocre. L’auteur cite l’exemple tragique de la start-up toulousaine La Boucle verte, qui tentait de recycler des canettes en aluminium. Enduites de plastique et de vernis, ces canettes produisaient un métal de trop mauvaise qualité une fois fondues. L’entreprise a fait faillite en trois ans. Il en va de même pour les océans : les projets techno-solutionnistes comme The Ocean Cleanup sont voués à l’échec face aux microplastiques invisibles. La seule façon de protéger le milieu est de ne pas produire.
📉 L’aveuglement historique des Économistes
Comment avons-nous pu bâtir un système qui ignore la physique ? Mignerot pointe du doigt les pères fondateurs de l’économie.
- Dès 1803, Jean-Baptiste Say excluait de ses modèles les « richesses naturelles » (air, lumière) car elles étaient gratuites et non produites par l’homme.
- Karl Marx lui-même, en théorisant que seul le travail humain générait le profit du capitaliste, a involontairement dissimulé que le travail des machines (et des hommes) dépendait strictement de l’énergie physique.
- Les économistes néoclassiques comme Léon Walras ont ensuite conçu des modèles en « système fermé », s’autorégulant sans jamais tenir compte des limites planétaires.
Aujourd’hui encore, le dogme économique refuse d’admettre qu’il n’existe aucun découplage absolu entre la croissance du PIB et la consommation d’énergie. Quand l’énergie augmente, le PIB augmente ; quand l’énergie déclinera (le fameux pic de Hubbert), le PIB s’effondrera.
🔍 Partie 2 : La Myopie Carbone et le Marché de Dupes
Afin de « gérer » la transition, nos sociétés ont inventé des outils de mesure comme le Bilan Carbone ou l’Analyse de Cycle de Vie (ACV). L’auteur dénonce l’hypocrisie de ces méthodes qui s’apparentent à une « myopie carbone ».
✈️ L’impossible découpage du réel (L’exemple du Train vs Avion)
Pour calculer un bilan carbone, on découpe artificiellement la réalité. Mignerot prend l’exemple d’une comparaison entre un voyage en train et un vol en avion. Isolément, le train émet moins. Mais d’un point de vue systémique, l’aviation renforce la puissance économique d’un pays, favorisant des flux financiers qui servent ensuite à financer et entretenir les lourdes infrastructures ferroviaires. L’un n’existerait peut-être pas sans l’autre. L’étude d’un système isolé (comme un panneau solaire ou une voiture électrique) ne dit absolument rien de ses interconnexions mondiales complexes.
💶 Les dérives du Marché Carbone et le sauvetage de Tesla
Pour contraindre les entreprises, l’Europe a mis en place des « quotas carbone ». Mais la finance verte partage la même rationalité capitaliste (le paradigme risque-rendement) que la finance classique. Le système de droits à polluer a même enrichi les plus grands pollueurs. Le cimentier Lafarge a gagné 37 millions d’euros en 2014 en vendant ses quotas inutilisés. Plus sidérant encore : en 2020, alors que Tesla frôlait la faillite, le constructeur américain n’a été sauvé que par la revente de ses « crédits verts » à d’autres constructeurs automobiles traditionnels qui produisaient des moteurs thermiques ! Ainsi, l’économie prétendument verte perfuse et justifie le maintien de l’économie carbonée.
« Autrement dit, sous le principe fiduciaire général, un investissement responsable n’est permis que si et seulement s’il n’est pas responsable ! » (Alain Grandjean et Julien Lefournier cités par Mignerot).
🏗️ Partie 3 : Le Cœur de la Thèse : Le Renforcement Synergique des Énergies
C’est ici que l’ouvrage prend toute sa dimension critique. Mignerot théorise que les Énergies dites de Substitution (ENS) ne remplaceront jamais les hydrocarbures, car elles n’ont pas la capacité de s’autonomiser.
Les infrastructures éoliennes, solaires ou nucléaires sont un « sous-produit » de l’industrie pétrolière. Il faut du pétrole pour extraire les minerais, cuire le silicium, couler le béton, fabriquer la fibre de verre et transporter ces installations. Si le pétrole disparaît, les ENS subiraient un « effet ciseau » mortel : leurs coûts de maintenance exploseraient en même temps que leur rendement déclinerait.
🛢️ Quand l’éolien et le solaire optimisent l’extraction pétrolière
Loin de tuer l’industrie fossile, les énergies vertes lui viennent en aide. Mignerot dresse une liste glaçante de la compromission entre les ENS et l’or noir :
- Au Texas, Occidental Petroleum (Oxy) a installé 174 000 panneaux solaires pour alimenter directement ses pompes à pétrole.
- En Californie, Chevron utilise le solaire pour fournir 80% de l’électricité de son gisement de Lost Hills, empochant au passage 4 millions de dollars de crédits carbone !
- Dans le sultanat d’Oman, la centrale solaire thermique Miraah chauffe de l’eau qui est injectée dans les nappes de pétrole lourd pour faciliter son extraction.
- En Norvège, la société Equinor construit onze immenses éoliennes flottantes en mer du Nord dans l’unique but d’alimenter cinq plateformes pétrolières.
- En Russie, des projets existent pour utiliser l’énergie nucléaire (comme la centrale flottante Akademik Lomonosov dans l’Arctique) pour forer le permafrost à la recherche de gaz et de pétrole inexploités.
La conclusion est sans appel : les énergies vertes servent à abaisser les coûts d’extraction des gisements fossiles vieillissants. Sans ces éoliennes et ces panneaux solaires, ce pétrole profond serait resté dans le sol car il aurait été trop coûteux à extraire. Le renforcement synergique des énergies augmente donc, in fine, la quantité totale de CO2 dans l’atmosphère.
🧠 Partie 4 : Déni, Résilience et « Collapswashing »
Si les faits sont si accablants, pourquoi les ignorons-nous ? Vincent Mignerot fait appel à la philosophie, notamment au « Conatus » de Baruch Spinoza. Chaque chose « s’efforce de persévérer dans son être ». Pour ne pas sombrer dans l’angoisse face à la finitude du monde, notre esprit s’accroche à des « récits iréniques » (réconfortants). La transition énergétique est le plus grand de ces récits.
🕸️ Le piège de la Résilience de la complexité
Aujourd’hui, le mot d’ordre des institutions (Banque Mondiale) et de la collapsologie est la « résilience » par la diversité et la complexité. Mais en multipliant les connexions entre réseaux électriques, parcs éoliens, gazoducs et centrales nucléaires, la civilisation thermo-industrielle se rend paradoxalement beaucoup plus fragile. Dans un réseau hypercomplexe, une défaillance mineure peut provoquer un effet domino (un effondrement en cascade) qu’aucun ingénieur ne pourra maîtriser.
🧼 L’invention du « Collapswashing »
Mignerot propose un nouveau néologisme pour succéder au greenwashing : le « Collapswashing ». Si le greenwashing consistait à « repeindre en vert » ses activités polluantes pendant les Trente Glorieuses, le collapswashing consiste aujourd’hui à dissimuler la destruction du monde sous le prétexte fallacieux qu’il faut « nous préparer à l’effondrement » ou sauver le climat.
Cela justifie toutes les violences, notamment l’écoracisme. Les pays occidentaux saccagent le Sud Global pour verdir leur propre bilan :
- En Équateur, des forêts entières de balsa sont rasées (un bois ultra-léger indispensable aux pales d’éoliennes), détruisant les écosystèmes des indigènes Huaoranis (payés en alcool et marijuana).
- Au Kazakhstan ou au Niger, l’exploitation de l’uranium rase des forêts protégées, pollue les nappes phréatiques et déplace les populations Touareg manu militari.
Le monde occidental impose sa transition aux peuples dominés au nom d’un bien commun qui n’est qu’une continuation du capitalisme prédateur.
🌱 Partie 5 : Les (vraies) solutions qui dérangent
Si la transition technologique est un leurre, existe-t-il une vraie méthode pour sauver ce qui peut l’être ? Oui, mais elle exige un courage politique inouï. Puisque l’empreinte écologique dépend exclusivement du flux d’énergie (et donc du PIB), les seules solutions viables impliquent une décroissance radicale des transformations matérielles.
Mignerot liste 4 actions impopulaires mais physiquement valides :
- Réduire drastiquement la richesse dont on dispose au quotidien : Moins d’argent en banque équivaut mécaniquement à moins d’énergie sollicitée pour produire des biens.
- Se délester des systèmes d’assurance : La protection sociale, les indemnisations et les assurances reposent sur la croissance des marchés financiers, eux-mêmes dopés aux énergies fossiles. Sécuriser nos vies détruit l’écosystème.
- Réintroduire massivement le travail physique : Puisque les machines carbonées ne pourront plus faire le travail, le corps humain devra retourner à l’usine, au champ et au transport de charges, sans pour autant reporter cette charge sur l’exploitation de la force animale.
- Partager les richesses pour éviter la violence : Dans un monde qui se contracte physiquement, la réduction des inégalités sociales est le seul rempart contre des guerres pour la survie et l’effondrement total de la cohésion humaine.
C’est le « seul véritable désengagement, la seule façon d’espérer couper les vivres énergétiques au système productif dominant ».
🏁 Conclusion : Vers une « Singularité Écologique »
L’essai de Vincent Mignerot se clôture sur une mise en garde contre le « technicisme » et les illusions du transhumanisme. Rêver d’une « singularité technologique » où des algorithmes surpuissants et l’énergie infinie nous rendraient immortels est le paroxysme du déni.
À la place, l’auteur appelle de ses vœux l’avènement d’une « Singularité Écologique ». Ce moment clé de notre histoire ne sera pas technologique, il sera moral et psychologique. Il surviendra lorsque l’humanité acceptera définitivement que son développement matériel est terminé.
Lorsque nous aurons fait le deuil de notre toute-puissance et renoncé aux fausses promesses du « Collapswashing », la technique redeviendra un simple moyen d’adaptation, et non plus un but destructeur. L’univers est indifférent à notre sort ; si nous voulons survivre à la diminution inéluctable des ressources, nous devons arrêter d’essayer de résoudre l’impasse par plus de complexité. L’espoir chimérique est un luxe mortel, seule la lucidité froide nous sauvera.
Sources : Les éléments de cette analyse sont tirés de l’ouvrage « L’énergie du déni » de Vincent Mignerot (Rue de l’échiquier, 2021).