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Daily Rituals : Comment les plus grands esprits ont structuré leur journée pour la Création 💡
📝 Résumé et Analyse de l’Ouvrage de Mason Currey
Daily Rituals: How Artists Work (Rituels Quotidiens : Comment les artistes travaillent), publié par Alfred A. Knopf en 2013, est une œuvre de Mason Currey qui explore les habitudes journalières et les routines de travail de certains des esprits les plus brillants des quatre derniers siècles. L’ouvrage s’éloigne de l’analyse des œuvres elles-mêmes pour se concentrer sur les aspects les plus terre-à-terre de la vie créative : quand ces figures mangeaient, dormaient, travaillaient et s’inquiétaient.
L’intention de Currey n’est pas d’offrir des réponses définitives, mais de fournir des « portraits divertissants, à petite échelle, de l’artiste en tant que créature d’habitude ». En examinant les manières dont les visions créatives grandioses se traduisent en petits incréments quotidiens, l’auteur cherche à montrer comment les habitudes de travail influencent l’œuvre elle-même, et vice-versa.
🧐 L’Anatomie d’une Idée : Genèse et Objectif de l’Ouvrage
La Quête de la Routine Créative Parfaite ☕
Mason Currey, l’auteur, a entamé ce projet après avoir lutté personnellement avec la procrastination. Pendant un an et demi, il s’est levé presque tous les matins à 5h30, a préparé son café, et s’est assis pour écrire sur la manière dont d’autres esprits brillants géraient cette même tâche : trouver le temps de faire leur meilleur travail, organiser leurs horaires pour être créatifs et productifs.
L’idée du livre est née d’un après-midi de juillet 2007, où Currey, incapable de se concentrer sur un article à rendre le lendemain, perdait son temps à ranger son bureau ou à faire des Nespresso. Étant lui-même une « personne du matin » (capable d’une concentration considérable tôt, mais « à peu près inutile après le déjeuner »), il a commencé à chercher les horaires de travail d’autres écrivains en ligne, trouvant ces anecdotes à la fois faciles à trouver et « très divertissantes ». Cela l’a mené au lancement du blog Daily Routines, qui a précédé l’ouvrage.
Des Questions Existentielles et Personnelles Soulevées par l’Auteur 🤔
Bien que l’ouvrage se veuille factuel, il est inévitablement personnel, abordant les questions fondamentales auxquelles Currey était confronté dans sa propre vie:
- L’équilibre économique : Comment réaliser un travail créatif significatif tout en gagnant sa vie ?
- L’approche du projet : Est-il préférable de se consacrer entièrement à un projet ou d’y consacrer une petite partie de chaque jour ?
- L’optimisation du temps : Quand le temps manque, faut-il abandonner certaines choses (sommeil, revenu, ménage) ou apprendre à condenser les activités pour « travailler plus intelligemment, pas plus dur » ?
- Confort et Créativité : Le confort quotidien est-il incompatible avec la créativité, ou est-il un prérequis pour un travail créatif soutenu ?
L’auteur ne prétend pas répondre à ces questions, qui « ne peuvent être résolues qu’individuellement, par des compromis personnels chancelants ». Son objectif est d’offrir une variété d’exemples montrant comment des personnes brillantes et couronnées de succès ont fait face à ces mêmes défis.
🎯 Le Spectre des Habitudes Créatives : Discipline vs. Dissipation
L’une des leçons clés que Currey tire de son investigation est la variation infinie dans la manière dont ces figures ont structuré leur vie pour accomplir leur travail. L’ouvrage contient des portraits d’artistes qui travaillaient sans relâche, comme Edward Gibbon (« ils ne s’arrêtent jamais de travailler. Ils ne perdent jamais une minute »), mais aussi d’esprits torturés qui perdaient du temps et attendaient l’inspiration, comme William James ou Franz Kafka. La plupart se situaient d’ailleurs « quelque part au milieu — engagés dans un travail quotidien mais jamais entièrement confiants dans leurs progrès ».
1. La Discipline Militaire : Les Lève-tôt et les Horaires Strictes ⏰
Plusieurs figures artistiques croyaient fermement à la nécessité d’une routine stricte pour canaliser l’énergie créative.
- W. H. Auden : Le poète était obsédé par la ponctualité, vivant selon un « horaire exigeant ». Il croyait qu’une vie de « précision militaire » était essentielle à sa créativité. Il se levait peu après 6h00, commençait à travailler rapidement (son esprit était le plus vif de 7h00 à 11h30). Il dédaignait les noctambules, affirmant que « Seuls les ‘Hitler du monde’ travaillent la nuit ; aucun artiste honnête ne le fait ». Auden s’appuyait sur les amphétamines pour l’énergie et la concentration, et sur la vodka et le vin pour la soirée.
- Anthony Trollope : L’écrivain, qui a produit quarante-sept romans et seize autres livres, maintenait une séance d’écriture matinale immuable, commençant à 5h30 du matin et ne s’accordant « aucune pitié ». Il écrivait avec une montre devant lui, s’imposant 250 mots par quart d’heure, une cadence qu’il parvenait à maintenir aussi régulièrement que sa montre fonctionnait.
- Immanuel Kant : La vie du philosophe était d’une régularité telle que ses voisins savaient qu’il était 15h30 lorsqu’il sortait pour sa promenade. Kant adopta cette uniformité pour prolonger sa vie, souffrant d’une constitution délicate. Il se levait à 5h00 pour boire du thé faible et fumer une seule pipe (dont la taille augmentait avec les années).
- Charles Darwin : Sa routine était structurée autour de courtes salves de travail interrompues par des périodes de marche, de sieste et de lecture. Après un petit déjeuner solitaire, il travaillait 90 minutes (à partir de 8h00). Il considérait la fin de sa session matinale, vers midi, comme « une bonne journée de travail » accomplie.
2. Les Stratégies Nocturnes et le Chaos Créatif 🌃
D’autres créateurs trouvaient que la solitude et le calme de la nuit étaient essentiels pour leur productivité, souvent au détriment de leur santé ou de leur vie sociale.
- Franz Kafka : Malgré son travail de jour (8h00 à 14h30 à l’Institut d’assurance accidents du travail), Kafka ne parvenait à écrire que tard le soir, après que tout le monde était couché dans son appartement exigu. Il se décrivait comme étant limité par le temps, la force, l’horreur du bureau et le bruit de l’appartement. Sa solution était de « se frayer un chemin par des manœuvres subtiles ». Il commençait à écrire entre 22h30 et 23h30 et continuait parfois jusqu’à 3h00, ou même 6h00 du matin.
- Marcel Proust : Proust a dévoué la fin de sa vie à l’écriture de À la recherche du temps perdu. Il dormait pendant la journée, se réveillant tard dans l’après-midi (vers 15h00 ou 16h00). Il travaillait exclusivement dans son lit, sur des cahiers posés sur ses genoux. Il compensait son régime alimentaire maigre et son manque de sommeil par des poudres d’opium pour l’asthme, des pilules de caféine pour la concentration et du Veronal (un sédatif) pour dormir, mélangeant « le frein et l’accélérateur en même temps ».
- Honoré de Balzac : Poussé par l’ambition et ses créanciers, Balzac avait un emploi du temps brutal : il se couchait à 18h00, se levait à 1h00 du matin pour travailler sept heures d’affilée, puis reprenait de 9h30 à 16h00. Pour soutenir ce rythme, il buvait des quantités énormes de café noir — jusqu’à cinquante tasses par jour selon une estimation.
- Willem de Kooning : Le peintre et sa femme Elaine suivaient un mode de vie nocturne. Ils se levaient vers midi, déjeunaient, puis travaillaient l’après-midi et le soir . La nuit était consacrée au social et à l’alcool, et ils ne se couchaient souvent qu’à 3h00 du matin .
⚖️ Le Défi de la Conciliation : Art, Travail Alimentaire et Famille
De nombreux artistes devaient naviguer entre les exigences de leur art et la nécessité de gagner leur vie, prouvant que le « travail alimentaire » n’était pas nécessairement un obstacle, mais parfois une structure salutaire.
Travailler pour Vivre, Créer pour Soi
- Toni Morrison : N’étant « pas capable d’écrire régulièrement » en raison de son travail à plein temps (éditrice chez Random House) et de l’éducation de ses deux fils en tant que mère célibataire, Morrison a développé une discipline de concentration intense. Elle écrivait dans les « heures intercalaires », les week-ends ou « avant l’aube ». Elle évitait la vie sociale associée à l’édition pour dégager du temps le soir. Elle utilisait le temps passé en voiture ou dans le métro pour « couver » ses idées, si bien qu’en s’asseyant, elle pouvait immédiatement produire.
- T. S. Eliot : Le poète a trouvé un emploi de commis à la Lloyds Bank, une situation qu’il a d’abord trouvée idéale car moins fatigante que l’enseignement, lui laissant le temps d’écrire de la poésie en soirée. Il utilisait sa pause déjeuner pour des projets littéraires. Bien qu’il ait par la suite trouvé cette routine ennuyeuse, il préférait la sécurité et l’indépendance de ce poste.
- Henry Green (Henry Yorke) : L’auteur menait une double vie. Sous son nom de naissance, Henry Yorke, il était un riche aristocrate qui passait ses journées dans les bureaux de l’entreprise familiale. Les routines de bureau lui procuraient une stabilité essentielle pour maintenir son équilibre psychique, car il craignait sa propre volatilité. Ses tâches étaient légères (arrivant à 10h00, buvant du gin, bavardant, passant l’heure du déjeuner au pub, puis retournant au bureau pour écrire peut-être une page ou deux). Il écrivait le reste de son œuvre la nuit.
- James Dickey : Durant sa brève incursion dans la publicité pour McCann Erickson, Dickey écrivait des poèmes chaque fois qu’il avait une minute de libre sur sa machine à écrire, tout en rédigeant des publicités Coca-Cola. Il parvenait à terminer ses tâches (parfois dix publicités télévisées, cinq radio, et deux imprimées) en une heure, puis consacrait le reste de la journée à ses propres travaux, trompant ses supérieurs par sa rapidité et son intelligence.
Le Rôle Crucial de l’Isolement et du Cadre 🖼️
Pour beaucoup, l’environnement était un facteur déterminant, qu’il s’agisse de la solitude délibérée ou de l’acceptation des interruptions.
- Jane Austen : Austen n’avait aucune attente de solitude, vivant dans une petite maison avec sa mère, sa sœur, une amie proche et des domestiques, avec un flux constant de visiteurs. Elle écrivait dans le salon familial, « soumise à toutes sortes d’interruptions occasionnelles ». Elle utilisait de petites feuilles de papier facilement dissimulables. Elle s’opposait même à ce qu’on répare la porte battante qui grinçait, car cela lui donnait un avertissement lorsqu’une personne arrivait. Sa sœur Cassandra prenait en charge la majeure partie des tâches domestiques, ce qui était une aide précieuse.
- Virginia Woolf : L’écrivaine travaillait dans un petit studio isolé dans le jardin, assurant ainsi une certaine distance avec sa vie domestique.
- Maya Angelou : Angelou refusait de travailler à la maison, qu’elle gardait « très jolie », car elle ne pouvait pas travailler dans un tel environnement. Elle louait une « minuscule chambre minable d’hôtel » avec juste un lit et un lavabo, où elle gardait un dictionnaire, une Bible, un jeu de cartes et une bouteille de Xérès. Elle travaillait de 7h00 à 14h00, s’ajustant si le travail se passait bien ou mal.
- Vladimir Nabokov : L’auteur a commencé la première ébauche de Lolita à l’arrière de sa voiture garée lors d’un road trip, qu’il décrivait comme le seul endroit sans bruit ni courants d’air. Plus tard, il utilisait un pupitre, puis un fauteuil, puis s’allongeait sur un canapé, s’adaptant à la gravité qui montait le long de sa colonne vertébrale.
🧪 Rituels Uniques, Addictions et Stimulants
Currey met en lumière les dépendances et les bizarreries qui soutenaient (ou entravaient) la production de ces créateurs.
Le Carburant des Génies : Café, Drogues et Alcool ☕🥃💊
De nombreux artistes et penseurs se sont appuyés sur des substances pour atteindre des niveaux de productivité extrêmes.
- Jean-Paul Sartre : Le philosophe menait une existence créative frénétique. En plus de six heures de travail quotidien, il alternait « repas riches, alcool fort, drogues et tabac ». Épuisé, il s’est tourné vers le Corydrane (un mélange d’amphétamines et d’aspirine). La dose prescrite était d’un ou deux comprimés ; Sartre en prenait vingt par jour, mâchant lentement une pilule après l’autre, produisant « une ou deux pages » par comprimé. Sa consommation quotidienne comprenait « deux paquets de cigarettes, plusieurs pipes de tabac noir, plus d’un litre d’alcool – vin, bière, vodka, whisky – deux cents milligrammes d’amphétamines, quinze grammes d’aspirine, plusieurs grammes de barbituriques, plus du café, du thé et des repas riches ».
- Paul Erdos : Ce mathématicien prolifique travaillait 19 heures par jour. Sa stamina phénoménale était due aux amphétamines (Benzedrine ou Ritalin, 10 à 20 mg/jour), complétées par des expressos et des pilules de caféine. Lorsqu’un ami l’a mis au défi d’arrêter pendant un mois, Erdos a réussi, mais a déclaré : « Je n’ai rien accompli. Je me levais le matin et je fixais une feuille de papier vierge. Je n’avais aucune idée, juste comme une personne ordinaire. Vous avez retardé les mathématiques d’un mois. »
- Ludwig van Beethoven : Le compositeur prenait son café du matin avec grand soin, exigeant soixante grains par tasse, qu’il comptait souvent un par un. Il avait également une obsession pour le lavage et le bain, se versant de grandes cruches d’eau sur les mains tout en hurlant ou fredonnant, ce qui était une source de méditation profonde, mais aussi la cause de dégâts des eaux qui le rendaient impopulaire auprès de ses propriétaires.
- Henri de Toulouse-Lautrec : Il travaillait la nuit dans les cabarets, buvant constamment. Ses cocktails étaient célèbres pour leur « potence extrême » et leurs « couleurs vives » plutôt que pour leurs saveurs. Il s’attendait à « s’éteindre à quarante ans » (il est mort à trente-six).
🎭 Les Excentricités du Travail Créatif
- Patricia Highsmith et les Escargots : En plus de son habitude d’écrire dans une position presque fœtale, l’auteure de thrillers psychologiques avait un lien intense avec les animaux, en particulier les escargots, qu’elle élevait. Elle en logeait trois cents dans son jardin et en a même transporté une centaine dans son sac à main lors d’une soirée à Londres, les considérant comme ses compagnons. Elle a même dû en passer six à dix sous chaque poitrine pour les faire entrer en France, contournant l’interdiction.
- Søren Kierkegaard : Le philosophe danois était dominé par l’écriture matinale et la marche à midi, où il trouvait ses meilleures idées. Il buvait son café avec un rituel étrange : il empilait d’abord le sucre au-dessus de la tasse avant d’ajouter le café noir et fort, un « stimulant sirupeux » qui se mélangeait au Xérès pris plus tôt pour alimenter son cerveau bouillonnant.
- Frédéric Chopin : Le compositeur avait un processus créatif « spontané et miraculeux », mais la mise en forme était une « labour déchirant ». Il pouvait passer six semaines sur une seule page, pleurant, brisant ses stylos, et altérant une mesure une centaine de fois, avant de la finaliser souvent telle qu’il l’avait notée initialement.
🏃 L’Impératif de la Routine face à la Fragmentation
Plusieurs créateurs ont souligné que la routine est non seulement un moyen de production, mais une nécessité pour la survie et la santé mentale, en particulier face à la « fragmentation » de la vie moderne.
Le Danger de l’Inspiration et la Sécurité de l’Habitude
- John Updike : Il croyait qu’il ne fallait jamais attendre l’inspiration, car « les plaisirs de ne pas écrire sont si grands que si vous commencez à vous y adonner, vous n’écrirez plus jamais ». Il visait à être un « type ordinaire et régulier — un peu comme un dentiste qui fore ses dents chaque matin ».
- Bernard Malamud : L’auteur, qui était d’une ponctualité compulsive, a insisté sur le fait que la discipline est essentielle, mais qu’il n’y a pas de « manière unique ». L’astuce est de prendre le temps et de produire la fiction.
- Thomas Mann : Il s’isolait strictement entre 9h00 et midi, ses heures d’écriture primordiales. Il se mettait une pression énorme pour « clench[er] les dents et faire un pas lent à la fois », convaincu que ce qui n’était pas fait à midi devrait attendre le lendemain.
- Stephen King : Il écrit tous les jours de l’année, y compris les jours fériés et son anniversaire, et s’impose un quota quotidien de deux mille mots. Il associe l’écriture de fiction à un « sommeil créatif ».
Les « Manœuvres Subtiles » pour Survivre à la Vie
L’introduction de Currey conclut avec la figure tragique de Franz Kafka, qui a dû « se frayer un chemin par des manœuvres subtiles » pour écrire, faute d’une « vie agréable et simple ».
Même pour ceux qui n’ont pas de routine fixe, comme David Foster Wallace, la discipline est paradoxalement présente. Wallace n’avait pas de routine régulière sauf lorsque le travail allait mal. Quand il était en difficulté, il inventait des horaires « draconiens » (ex: « ce matin je travaillerai de sept heures et demie à huit heures quarante-cinq avec une pause de cinq minutes »). Cependant, dès que l’écriture commençait à bien se passer, le travail ne nécessitait plus d’effort, et la vraie discipline consistait alors à s’en éloigner pour s’occuper des relations et des tâches mondaines.
Ce recueil montre que si le travail acharné (tel que celui de H. L. Mencken, qui travaillait 12 à 14 heures par jour et regrettait de ne pas avoir travaillé plus dur) était courant, il existait une multitude de chemins. Que ce soit à travers les marches vigoureuses de Tchaïkovski (qui pensait qu’un retour cinq minutes trop tôt entraînerait un malheur inimaginable), l’auto-conditionnement scientifique de B. F. Skinner (qui traçait son temps de travail et sa production de mots sur un graphique), ou les bains et les lectures d’Oliver Sacks (qui se lève vers 5h00 pour voir son analyste, nager, puis écrire), la recherche de la meilleure façon de « se faufiler » et de « se tortiller » à travers les exigences de la vie est l’expérience universelle partagée par ces « créatures d’habitude ».