Les liens pour vous procurer les différentes versions
📗Lien vers le livre papier : https://amzn.to/4oSIufO
📕Lien vers l’ebook : https://amzn.to/4oEjrOc
« Tout ira bien » de Laurent Nunez : Résumé et Analyse Profonde d’une Chronique Familiale entre Superstition et Destin 🧿
Introduction : Le Pari de Contrôler l’Incontrôlable ✍️
Laurent Nunez, écrivain, éditeur, ancien professeur de lettres et critique littéraire, nous invite dans les pages de Tout ira bien à explorer le cœur d’un univers où l’espoir le plus fragile et le plus humain se dissimule derrière chaque superstition. Ce roman est présenté comme une chronique familiale à la fois malicieuse et bouleversante, explorant le « besoin impérieux de contrôler l’incontrôlable ».
L’auteur nous plonge dans le quotidien d’hommes et de femmes « absolument terrifiés par la vie », qui s’entourent de « solutions magiques » au Maroc, en Espagne et en France, dans une tentative constante pour éloigner « le hasard, le malheur et la mort ». L’auteur révèle d’emblée un paradoxe fondamental : ces « belles astuces, bien sûr, jamais ne fonctionnent ». Néanmoins, c’est cette quête perpétuelle d’un rempart contre l’incertitude qui tisse la trame de l’ouvrage, nourrissant chez l’auteur un « pêle-mêle sentimental » fait d’agacement, de tristesse et de beaucoup d’amour pour sa famille.
La famille Nunez, attachante et excentrique, est marquée par une histoire de migration précipitée du Maroc (Casablanca et Tanger) vers la France, les forçant à se réfugier dans un pays qui leur était à la fois le leur (sur le plan administratif) et « incroyablement étranger ». Cette migration est survenue dans un contexte de grande instabilité au Maroc (tentatives de coup d’État, répression sanglante des manifestations étudiantes, et la « marocanisation des entreprises » qui rendait la vie difficile aux Européens).
Pour faire face à cette perte et ce désordre de l’existence, les proches de Nunez ont emporté dans leurs bagages tout un attirail de « superstitions, ces croyances, ces rituels » qui étaient leur manière de « marocaniser » leur nouvelle vie et de conserver une « prise sur leurs existences à la dérive ».
Panorama des Stratagèmes Magiques et Amulettes Familiales ✨
Le récit s’articule autour d’une collection faramineuse de rites et de croyances, transmise au narrateur dès son enfance. Chaque problème, même le plus « insoluble normalement, » trouvait pour sa famille une solution « très simple ».
Le Polvito : Poudre Magique et Réconfort 💘
Le narrateur découvre l’existence du polvito lors d’une scène familiale marquante : sa sœur est en larmes après avoir été quittée. Face au silence et à la gêne de l’adulte (son père) à parler d’amour et de perte, le père introduit le mot énigmatique de polvito pour engager une conversation en ruse.
Le polvito était une « poudre magique » que les femmes utilisaient à Tanger pour s’assurer que leurs maris reviennent et ne repartent plus, souvent versée dans leur verre de vin. Ce mélange (composé, selon les recherches du narrateur, de cèdre, girofle, gingembre, airelle, etc., aux dosages inconnus) était censé fonctionner très bien. Le père cite l’exemple de la gardienne d’immeuble, rue Baalabak, dont le mari, après en avoir bu, la suivait « comme un petit chien ». Le non-respect de cet état magique pouvait entraîner la maladie, voire la mort du mari. La conversation se termine sur la question implicite, mais jamais confirmée, que le père aurait pu l’utiliser sur la mère.
Les Chaussettes Rouges : Contre l’Infortune 🧣
Face à la déveine habituelle, la mère du narrateur possédait un « remède simplissime, et global » : le port d’un vêtement rouge vif, couleur perçue comme un « épouvantail contre la guigne ». Cette pratique était scrupuleusement observée lors des moments cruciaux, comme chaque rentrée scolaire ou chaque examen.
La contrainte financière de la famille (n’étant « pas riches ») et la règle que le vêtement-talisman perdait son pouvoir dès les premiers lavages ont conduit le narrateur à adopter une solution discrète et économique : le port de chaussettes rouges. Ces chaussettes étaient rangées au fond d’un tiroir « un peu comme les Romains le faisaient avec leurs dieux lares », assurant au narrateur une « chance en stock » pendant ses vingt premières années.
Le Mauvais Œil et la Stratégie du « Moi-Bémol » 🤫
La peur de l’envie et de la jalousie est omniprésente, structurant la vie de la famille autour de la crainte du « mauvais œil » ou de la « scoumoune ». Le narrateur décrit sa famille comme « paranoïaque ». La règle d’or est de ne jamais attirer les regards en se vantant, en se « vendant, » ou en se glorifiant. Une tante recommandait de « toujours parler de soi en moi-bémol ».
Les membres de la famille dévaluaient systématiquement leurs acquisitions (un diamant devient zircone, le cuir, simili) pour ne pas « attiser l’envie ». Toute prétention excessive (hubris) est vue comme un appel à la punition divine.
Des exemples concrets illustrent cette peur :
- Le vol du vélo du narrateur, attribué à la présence visible de son trophée de fer-blanc (gagné au concours d’échecs) près de la fenêtre.
- L’aménagement de leur nouvelle pergola à l’arrière du pavillon, « Pour que personne ne voie notre nouvelle pergola ».
- L’histoire du cousin de son grand-père, Joseph Gallindo, mort dans un accident de la route attribué non pas au tracteur, mais à sa « trop belle télé ».
Cette superstition s’étend aux personnalités publiques, la tante Eulalie attribuant les morts tragiques de célébrités (Coluche, Balavoine, John Lennon) à leur exposition excessive aux yeux du monde.
La Main de Fatma et le Rituel du « Khamsa » 🖐️
L’influence du Maroc est symbolisée par la main de Fatma (ou khamsa, signifiant « cinq » en arabe). Cette amulette symétrique, souvent ornée d’un œil bleu, est portée autour du cou pour « protéger des mauvais sorts ».
La famille pratiquait l’éloge du multiculturalisme en dotant les nouveau-nés à la fois d’une croix en or et d’une main de Fatma, adoptant la stratégie du « ceinture et bretelles ».
Le narrateur lui-même avoue pratiquer le rituel : lorsqu’il reçoit un compliment exagéré sur un de ses livres, il ferme et ouvre sa main derrière son dos en murmurant « Khamsa! » pour conjurer la possibilité que l’interlocuteur lui porte malheur et ruine son prochain ouvrage.
Koutoufatou : Le Sortilège contre la Perte 🧵
Le terme « koutoufatou » est un mot « unique et bizarre » propre à la famille, peut-être d’origine tunisienne, algérienne ou marocaine (où il est parfois appelé « le nœud du diable »).
Ce rituel permet d’agir contre le désordre du monde et de retrouver un objet égaré. La mère prenait un vieux torchon, y faisait un nœud simple, le remettait dans un tiroir, et exigeait que l’on n’y pense plus. L’objet perdu réapparaissait inévitablement. Ensuite, il était crucial de défaire le nœud très vite, sous peine de voir l’objet disparaître « pour toujours ».
Un ami médecin donne au narrateur une explication rationnelle à ce phénomène : le rituel permet un « processus de concentration induite ». Le temps pris pour nouer le torchon permet de rétablir le calme, la détente et un système de pensée, réactivant les connexions neuronales qui facilitent le retour du souvenir de l’objet. Mais pour le narrateur, Koutoufatou demeure le « totem » et le « magnifique remède contre la perte ».
L’Argent et la Quête Obsessionnelle de la Fortune 💸
Après l’exil au Maroc et une période initiale de misère à Orléans (symbolisée par la nécessité de récupérer des consignes de bouteilles vides pour acheter des conserves), l’argent devient une préoccupation centrale. La famille cherche à être « plus ingénieux que le destin » pour faire fortune.
Le Potage de Lentilles et la Chandeleur 💰
Inspirée par une tradition italienne (mais adoptée mensuellement pour multiplier les chances par douze), la tante Angèle introduit le rituel de manger un plat de lentilles (potaje) chaque premier du mois pour attirer la fortune.
Un autre rituel d’origine française, adapté à des fins utilitaires, est celui de la Chandeleur. La première crêpe de la fournée (systématiquement ratée) était enveloppée dans du papier d’aluminium avec une pièce de 10 francs, puis déposée en haut de l’armoire, agissant comme une « amulette nouvelle, comestible mais immangeable » censée apporter « chance en affaires ». Cette collection de crêpes moisis s’est accumulée pendant quinze ans, jusqu’à ce que le narrateur avoue avoir secrètement volé les pièces de 10 francs chaque année pour s’acheter des bonbons. Sa mère le blâma alors pour « l’inefficacité flagrante de sa méthode pour réussir dans la vie ».
Saint Pancrace et Bouddha : La Trinité du Pragmatisme 🧘
La famille, estimant les figures chrétiennes majeures (Jésus, Marie) trop sollicitées, cherche un saint « moins célèbre, plus libre et plus nombreux ». La tante Jeannette déniche Saint Pancrace, dont le nom signifie en grec « Celui qui possède tout ».
Le rituel associé à ce saint patron des finances, représenté par une figurine en résine aux vêtements vifs (rouge, jaune, vert), exigeait un bouquet de persil frais placé à côté de lui chaque mois.
La tante Jeannette, cherchant la perfection, ajouta plus tard un gros bouddha rieur blanc, également supposé repousser les problèmes financiers. Cette coexistence (la trinité blasphématoire de St. Pancrace, Bouddha, et le persil) était la garantie du « ceinture et bretelles ». Pour la famille, « tant qu’on ne perdait pas beaucoup, on considérait que l’on gagnait ».
L’Oncle Paco et la Danse des Étoiles 🌌
Le frère aîné du père du narrateur, Paco, vivait à Paris et était obsédé par le Loto, qu’il considérait comme la façon la plus « théâtrale » de devenir riche. Il refusait de travailler, laissant sa femme Rosario subvenir aux besoins du foyer.
Paco consacrait ses journées à étudier les tirages (souvent au ralenti sur son magnétoscope), les probabilités, et les biographies de gagnants, convaincu qu’il existait une « carte routière du destin ». Ses méthodes incluaient l’utilisation du triangle de Pascal, la suite de Fibonacci, l’analyse de ses rêves, et la plus poétique de toutes : « la danse des étoiles ». Il ouvrait sa fenêtre pour reporter « sur sa grille les constellations qu’il voyait depuis son dernier étage, afin de verser précautionneusement toute la chance du ciel sur son tout petit bulletin de Loto ».
Paco finit par gagner le gros lot (14 millions de francs / presque 4 millions d’euros) en mars 1987. Cela servit de preuve ultime à la famille que l’on pouvait négocier avec le destin. Cependant, Paco et Rosario, craignant qu’on leur demande de l’argent, s’envolèrent rapidement pour l’Espagne sans prévenir personne.
La Planta del Dinero : L’Arnaque du Vol Intentionnel 🌿
Plus tard, la famille découvrit la « plante de la fortune » (Plectranthus verticillatus, ou « lierre suédois ») en Espagne. La superstition exigeait que cette plante soit impérativement volée (une bouture, dans ce cas) pour exercer ses pouvoirs ; si elle était donnée, son pouvoir disparaissait.
Les parents du narrateur ont élaboré un plan machiavélique pour voler une bouture au voisin, Juan-Jo, la mère utilisant une ruse conversationnelle pour s’assurer que le voisin laisse la porte de son jardin ouverte.
L’ironie cruelle survint six ou sept mois plus tard via un e-mail : Juan-Jo révéla qu’il avait intentionnellement laissé la porte ouverte pour leur faire plaisir, ayant compris leur convoitise. Cet acte de « don » rendit la plante instantanément inutile, poussant les parents, anéantis par la perte de leur stratagème, à jeter leur « plante qu’ils avaient chérie » aux ordures. La mère conclut, désemparée : « Comment voler si l’autre donne ? ».
L’Ombre de la Peur et les Tragédies Familiales 🕯️
Si les superstitions foisonnent, c’est parce que la famille est accablée par « une inquiétude perpétuelle ». Les récits du passé sont traversés par la perte.
Le Spectre de Cerdan et les Vies Brisées
La mère du narrateur était la filleule de Marcel Cerdan, le célèbre boxeur. Cerdan, un ami d’enfance du grand-père Juan, avait promis à la fillette une enfance faite de voyages à New York et Paris. Cerdan mourut cependant dans un accident d’avion en 1949, après avoir obtenu sa place au dernier moment et malgré un « mauvais pressentiment » de sa femme. Le destin a ainsi décidé que la mère du narrateur grandirait « avec pour seul héritage une poignée de promesses non tenues ». En représailles, la famille décréta une « damnatio memoriae » contre Édith Piaf (la maîtresse de Cerdan) et boycotta même le biopic de Marion Cotillard.
La Malédiction des Enfants d’Herminia
La sœur aînée du père, Herminia, connut une série de deuils tragiques : elle perdit son premier enfant, Mariette, peu après la naissance (à cause de son « mauvais lait » et du « mauvais œil » qu’elle n’avait pas su repousser, l’enfant étant « trop belle »). Elle perdit ensuite des jumeaux.
Pour sa quatrième grossesse, toute la famille décida qu’il fallait agir radicalement : Herminia s’isola durant cinq mois. À la naissance de Gérard, l’enfant fut admiré comme un « retable — derrière une vitre ». Il fut décidé de ne jamais le toucher, l’embrasser, ou le cajoler, de laver ses vêtements neufs jusqu’à ce qu’ils perdent leur éclat, dans l’espoir que « la froideur » repousse le mauvais œil. Cet « amour étouffé » laissa Gérard avec une distance émotionnelle marquée. Finalement, Gérard quitta l’Espagne pour devenir « coupeur de feu » en Amérique, ironiquement payé pour toucher les gens afin qu’ils n’aient plus mal.
La Quête Absurde des Saints Prépuces 🗺️
Le cousin germain du père, Pampi, est un éternel célibataire qui transforme sa vie en une succession de lubies. Durant l’adolescence du narrateur, Pampi était obsédé par la recherche des Saints Prépuces de l’Enfant Jésus, ces reliques supposées prouver l’incarnation divine.
Le narrateur se joint à cette quête érudite et baroque, malgré le fait que « rationnellement, » il ne devrait en exister qu’un seul. Leur périple les mène :
- À Calcata, Italie : Où un Saint Prépuce, rapporté par Charlemagne et offert au pape Léon III, fut vénéré pendant des siècles par les femmes stériles, avant d’être volé en 1983. Pampi s’agenouille devant l’emplacement vide du reliquaire, ressentant la « puissance du divin ».
- À Charroux, France : Où une autre relique fut perdue pendant la Révolution, sauvée miraculeusement d’un incendie en 1856, pour finalement disparaître en 1901. Pampi, bien que déçu, y voit une épreuve spirituelle.
- À Anvers, Belgique : Où un troisième Saint Prépuce, rapporté des Croisades, fut jeté « aux quatre vents » lors de la Révolution française.
Pampi possède déjà une collection incroyable de reliques (une dent de saint Jean-Baptiste, le nombril de saint Omer dans de l’ambre, l’index momifié de saint Thomas), mais le Saint Prépuce reste son « Graal ». Sa quête s’achève (temporairement) lorsqu’il achète ce qu’il croit être la relique sur eBay. Il découvre que le colis contient « une bouteille en plastique contenant un morceau de peau desséchée, manifestement d’origine animale, baignant dans un liquide jaunâtre ». Déçu, Pampi jette tout par le balcon, réalisant qu’il a « voulu acheter ce qui ne peut qu’être mérité ».
La Confrontation de l’Auteur avec l’Héritage Familial 👨👦
Le narrateur se positionne comme un « maudit transfuge », le seul de sa famille à avoir un diplôme universitaire et à vivre à Paris, en opposition à ses parents, ouvriers à Orléans.
Superstitions Intimes et Héritage 🏡
Malgré sa posture de moqueur, le narrateur réalise qu’il est « incapable » de se débarrasser des talismans que sa famille lui a offerts. Son appartement parisien est rempli d’objets porte-bonheur (trèfle fluo sur le paillasson, main de Fatma, coccinelle, Bouddha rieur, Saint Pancrace). Il interprète cela de deux manières :
- Psychologique : Ces objets sont des « totems symboliques » et des « objets transitionnels », conservés pour maintenir un lien avec son enfance et ses parents.
- Littéraire/Personnel : Il est devenu superstitieux dans son domaine le plus précaire : l’écriture. Il utilise le même clavier, le même support rigide (une BD inclassable), et corrige ses textes avec un stylo surmonté d’une douille d’une balle qui l’a raté de peu.
Le Drame du Mois de Mai et le Deuil 🥀
La famille croyait fermement aux pouvoirs du mois de mai, considéré comme mystique et extrêmement favorable, notamment grâce au succès politique de François Mitterrand. Pour la famille Nunez, « Tout peut arriver en mai, c’est un mois très particulier ».
Cette superstition est mise à rude épreuve avec la maladie et la mort du père. Le père, Louis, doit être opéré d’une tumeur à la prostate. L’opération est reportée deux fois à cause du Covid, et finalement fixée au 31 mai 2021. L’alignement des planètes semble parfait : l’opération aura lieu à l’hôpital François-Mitterrand de Dijon, le dernier jour du mois miraculeux.
Hélas, à cause des plannings hospitaliers, l’opération est repoussée au lendemain, le 1er juin. Pour la famille, c’est une catastrophe : ils sont « expulsés du temps mitterrandien et miraculeux, » perdant toute « protection astrale ou élyséenne ». Le chirurgien leur annonce avoir « raclé du mieux qu’on a pu ». Le père, Louis Nunez, meurt le 16 novembre 2021.
Le narrateur découvre plus tard une photo de son père devant une plaque en Corse portant l’inscription « F.F.F.F.F. ». Le sigle signifie : « Furtuna Fà mi Fà Felici Fini » (« Fortune, fais-moi faire une fin heureuse »). Le narrateur réalise avec émotion que les soupirs du père dans ses derniers mois n’étaient peut-être pas des gémissements de douleur, mais la répétition inlassable de ce mantra corse.
L’Ironie de la Perte et le Vin Gâché 🍷
Après la mort de son père, le narrateur, lors d’un déjeuner avec sa mère, décide d’ouvrir une des quarante bouteilles de vin collectionnées par son père. Louis Nunez avait toujours répété qu’il les ouvrirait pour une « grande occasion, » repoussant indéfiniment cet instant de bonheur.
Dans un geste de non-gaspillage et de rupture avec l’attente, ils en ouvrent plusieurs. Malheureusement, ils découvrent que le père n’était pas un œnologue averti : les bouteilles, loin d’être des nectars sublimés par le temps, étaient devenues exécrables, même du vinaigre. Cette « orgie de médiocrité » symbolise le gâchis de ces « instants de félicité toujours repoussés ».
Conclusion : Se Garder l’Espérance 💖
Malgré la mort du père et l’inefficacité prouvée des rituels, le narrateur choisit d’adopter l’attitude d’Alexandre le Grand, qui, lors du partage d’un butin, a déclaré : « Je me garde l’espérance ».
Le narrateur continue les pratiques superstitieuses : faire le khamsa dans son dos si on le complimente, manger des lentilles le premier du mois, mettre du persil près de Saint Pancrace, et parler à son père sur sa tombe.
Ce livre est son moyen de transformer la souffrance (« pas mal de chagrin, structuré par un peu de grammaire ») et de lutter contre l’absurdité du monde. En écrivant cette histoire vraie, Nunez cherche à se mettre « définitivement à l’abri ». Il demande qu’on le laisse être « bête, grotesque, naïf, démesurément croyant – immensément païen ».
Pour Laurent Nunez, la persistance des superstitions, bien qu’elles ne puissent empêcher l’inévitable, est un acte d’amour et de défi contre le destin, l’ultime moyen de se dire, contre toute logique : Tout ira bien.