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🧠 « Au saccage des petits bonheurs » de Boris Cyrulnik : civilisation, trauma et résilience

Posted on mai 2, 2026mai 2, 2026 By jeansaistrop76@gmail.com Aucun commentaire sur 🧠 « Au saccage des petits bonheurs » de Boris Cyrulnik : civilisation, trauma et résilience

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Sommaire

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  • 📚 Résumé et Analyse Complète : « Au saccage des petits bonheurs » de Boris Cyrulnik 🧠
    • 🌍 Chapitre 1 : Civilisés ou Barbares ? Le Mythe de la Relativité Culturelle
      • 🍖 L’oxymore du cannibale très fréquentable
      • 🏝️ L’empreinte culturelle totale : L’histoire de Narcisse Pelletier
    • 🧠 Chapitre 2 : Neurobiologie des Croyances, Fanatisme et « Délires Logiques »
      • 🗣️ Le don et le danger mortel de la narration
      • ⚡ L’extase du fanatisme observée au scanner cérébral
      • 🎭 Mythomanie : Le tragique théâtre de soi
    • 🧬 Chapitre 3 : L’Épigénétique, ou quand le Malheur sculpte notre ADN
      • 🤰 La transmission transgénérationnelle du stress
      • 💔 L’atrophie cérébrale et le syndrome d’Amok
    • 🍽️ Chapitre 4 : Les Rituels du Quotidien : Poils, Fourchettes et Civilisation
      • 🍴 Le scandale de la fourchette en or
      • 🥩 La politique et la sémantique de la viande
      • 👗 Le langage préverbal de la mode et de la pilosité
    • 🌪️ Chapitre 5 : Le Paradoxe de la Décivilisation Moderne
      • 📉 Le Paradoxe de Tocqueville
      • ⛓️ La liberté qui angoisse et la dilution des liens
      • 🚺 Le fardeau de la maturation précoce des femmes
    • ⚔️ Chapitre 6 : L’Art, la Guerre et l’Esthétique de la Mort
      • 🎨 L’art pour apprivoiser le Néant (L’objet transitionnel)
    • ✨ Conclusion : Le Chaos comme Promesse de « Recivilisation »

📚 Résumé et Analyse Complète : « Au saccage des petits bonheurs » de Boris Cyrulnik 🧠

Dans un monde hyper-connecté où le confort matériel, l’espérance de vie et la sécurité n’ont jamais été aussi élevés, comment expliquer que l’anxiété, la dépression et le sentiment de solitude fassent de tels ravages au sein de nos sociétés occidentales ? Dans son ouvrage de 2026, « Au saccage des petits bonheurs », le célèbre neuropsychiatre et éthologue Boris Cyrulnik s’attaque frontalement à ce vertigineux paradoxe contemporain.

À la croisée de la neurobiologie, de la psychologie, de l’éthologie animale et de la fresque historique, l’auteur nous livre une réflexion magistrale sur la notion de civilisation et de décivilisation. Pourquoi les petits rituels du quotidien, de la manière d’utiliser une fourchette jusqu’au choix de notre coupe de cheveux, sont-ils les véritables piliers de notre humanité ? Et comment les traumatismes, les mots que nous employons, ou l’effondrement des structures familiales modifient-ils jusqu’à l’expression intime de notre ADN ?

Découvrez dans cette analyse exhaustive comment la condition humaine oscille sans cesse entre l’horreur de la brutalité et le miracle de la résilience, et pourquoi, selon Cyrulnik, le chaos actuel de notre monde moderne est paradoxalement une formidable promesse de « recivilisation ».


🌍 Chapitre 1 : Civilisés ou Barbares ? Le Mythe de la Relativité Culturelle

Pour comprendre ce qu’est véritablement la civilisation, Boris Cyrulnik nous invite d’abord à déconstruire nos préjugés les plus ancrés. Qu’est-ce qu’un barbare ? L’auteur s’appuie sur une anecdote historique fondatrice : la rencontre, en 1562 dans les rues de Rouen, entre le jeune philosophe Montaigne et trois Indiens Tupinambas venus du lointain Brésil.

🍖 L’oxymore du cannibale très fréquentable

Pour les riches marchands rouennais et les contemporains de Montaigne, ces Indiens étaient d’abominables sauvages, car ils pratiquaient l’anthropophagie. Pourtant, Cyrulnik démontre que le cannibalisme obéissait chez eux à des rituels de civilisation extrêmement codifiés. Tuer un ennemi au combat et manger son cœur était un moyen d’incorporer son courage. De même, chez les Papous de la tribu Fore, manger le cerveau de sa belle-mère décédée (endo-cannibalisme) était un rituel de deuil hautement moral permettant de s’inscrire dans sa lignée spirituelle.

Le choc des cultures est total : pour les Indiens Tupinambas, la véritable barbarie, c’était d’observer, dans les rues de la belle ville de Rouen, des hommes riches « pleins et gorgés » ignorer de misérables mendiants « décharnés de faim et de pauvreté ».

« Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. » — Montaigne.

Ce constat pose les jalons de la réflexion de Cyrulnik : les civilisations reposent sur des conventions arbitraires. Le barbare de l’aviateur américain qui lâche des bombes, c’est l’Indien cannibale ; mais le barbare de l’Indien, c’est l’aviateur qui tue des milliers d’innocents en se cachant dans le ciel. Les rituels de table, la répartition de la viande ou les règles du mariage ne sont que d’immenses théâtres sociaux visant à contrôler la violence de nos pulsions biologiques.

🏝️ L’empreinte culturelle totale : L’histoire de Narcisse Pelletier

Pour prouver à quel point nous sommes façonnés par notre milieu d’accueil, Cyrulnik rappelle l’histoire vraie de Narcisse Pelletier, un mousse vendéen abandonné à l’âge de 12 ans en Nouvelle-Guinée en 1856. Recueilli par une tribu aborigène, il en a totalement incorporé la civilisation : langue, tatouages, cicatrices rituelles, et même les valeurs morales. Lorsqu’il participait aux guerres de sa tribu d’adoption, il trouvait parfaitement moral de tuer les ennemis de son groupe, sans la moindre culpabilité. Cette malléabilité humaine prouve que nous avons viscéralement besoin de récits et de rituels pour survivre ensemble.


🧠 Chapitre 2 : Neurobiologie des Croyances, Fanatisme et « Délires Logiques »

Si les animaux communiquent et possèdent une « protoculture » (utilisation d’outils, apprentissages culinaires), le propre de l’être humain est de posséder un énorme lobe préfrontal. Ce cerveau hyper-développé nous rend capables de nous déconnecter de la réalité immédiate.

🗣️ Le don et le danger mortel de la narration

Grâce à notre accès au monde des récits vers l’âge de 5 à 7 ans, nous pouvons nous représenter ce qui est absent : Dieu, le passé, l’avenir, ou des entités invisibles. C’est cette aptitude neurologique qui fonde l’art, la poésie et les sciences, mais c’est aussi elle qui permet ce que Cyrulnik nomme le « délire logique ».

L’être humain est capable d’adhérer à des croyances totalement coupées du réel, de s’y installer et de ressentir ces fictions dans son corps avec une certitude absolue. C’est le principe même des langages totalitaires qui s’emparent de l’âme des foules. Quand un enfant ne grandit qu’avec un seul récit monopolistique, « l’absence de doute augmente les convictions ».

⚡ L’extase du fanatisme observée au scanner cérébral

Boris Cyrulnik révèle une donnée fascinante issue de la neuro-imagerie moderne : lorsque nous sommes persuadés de détenir la Vérité absolue (comme dans le cas du fanatisme idéologique, politique ou religieux), notre cerveau s’illumine littéralement.

« Une conviction morale qui porte sur un sujet idéologique […] stimule le circuit de la récompense. ».

Le fanatique ne doute pas. Cette certitude absolue surstimule le noyau accumbens, libérant un cocktail chimique euphorisant : dopamine (plaisir de l’action), sérotonine, ocytocine (plaisir du lien) et endorphines. Haïr ensemble un bouc émissaire (le Juif, l’étranger, le sorcier) procure un plaisir extatique et crée un délicieux sentiment d’appartenance clanique rassurant. C’est pourquoi les jeunes en déshérence affective sont des proies si faciles pour le terrorisme : le fanatisme leur offre une identité de héros et l’illusion rassurante d’être aimés.

🎭 Mythomanie : Le tragique théâtre de soi

Pour illustrer cette fuite mortelle dans l’imaginaire, le neuropsychiatre évoque le cas tristement célèbre de Jean-Claude Romand. Ce faux médecin de l’OMS a menti pendant 18 ans à sa famille. Incapable de décevoir les attentes de ses proches, il s’est construit un glorieux « théâtre de soi ». Quand le réel est venu menacer cette belle illusion, Romand a préféré assassiner ses parents, sa femme et ses enfants plutôt que de les voir découvrir sa médiocrité. Il a préservé son image parfaite dans leur esprit, au prix inestimable de leur vie.


🧬 Chapitre 3 : L’Épigénétique, ou quand le Malheur sculpte notre ADN

L’un des apports majeurs de cet ouvrage réside dans l’explication lumineuse de l’épigénétique. Pendant longtemps, nous pensions que notre ADN était une fatalité immuable. Boris Cyrulnik pulvérise cette idée : l’environnement (et particulièrement l’histoire émotionnelle de nos parents) modifie physiquement l’expression de nos gènes.

🤰 La transmission transgénérationnelle du stress

Lorsque des parents ont subi de graves traumatismes (la guerre, la Shoah, des famines comme à Saint-Pétersbourg ou Auschwitz), leur corps est inondé d’hormones de stress comme le cortisol et les catécholamines. Ces substances provoquent une méthylation de l’ADN : des petits radicaux méthyl (CH3) viennent se « coller » sur certains gènes, empêchant leur activation normale.

Les enfants de ces survivants, bien qu’ils n’aient jamais connu la guerre eux-mêmes, naissent avec une immense vulnérabilité biologique. Au moindre bruit inattendu (une porte qui claque, une moto qui pétarade comme à Beyrouth), leur cerveau surréagit, interprétant ce son non pas comme une surprise, mais comme un danger de mort immédiat. La phrase est vertigineuse : « L’histoire des parents change la biologie des enfants ! ».

💔 L’atrophie cérébrale et le syndrome d’Amok

Le drame est tout aussi grave pour les enfants abandonnés ou sévèrement négligés dans leurs « 1000 premiers jours ». L’absence d’interactions tendres et stimulantes empêche le développement des circuits neuronaux. Les zones du cerveau responsables de l’anticipation (le lobe préfrontal) s’atrophient. En parallèle, l’amygdale rhinencéphalique, le centre de la peur et de la colère, devient hypertrophiée et totalement incontrôlable.

Devenus adolescents, ces enfants souffrent d’une impulsivité extrême. Ils peuvent être saisis de ce qu’on nomme en psychiatrie le syndrome d’« amok ». Un accès de fureur meurtrière pousse soudain un jeune homme désespéré à entrer dans son lycée ou dans un marché pour tuer aveuglément professeurs et camarades, afin de mourir en entraînant avec lui ce monde qui l’a tant humilié.


🍽️ Chapitre 4 : Les Rituels du Quotidien : Poils, Fourchettes et Civilisation

Comment lutter contre cette barbarie pulsionnelle et apaiser nos cerveaux ? Par la mise en place stricte de rituels de civilisation. Cyrulnik démontre avec une érudition malicieuse que les plus puissants remparts de notre humanité se cachent dans nos gestes en apparence les plus banals.

🍴 Le scandale de la fourchette en or

À la fin du Moyen Âge, plonger sa main dans le plat commun était une preuve de confiance et de solidarité charnelle. Lorsqu’une princesse byzantine introduisit l’usage de la fourchette en or à Venise, ce fut un scandale immense et le clergé s’enragea !. Refuser le contact charnel avec la nourriture des autres était alors perçu comme un mépris insupportable, une insulte aux bonnes mœurs.

Pourtant, ce simple petit objet a révolutionné la psychologie occidentale : en instaurant une distance physique avec la viande et la salive des autres, la fourchette nous a séparés du groupe pour nous individualiser. Elle est devenue, selon l’auteur, « une arme du surmoi », prouvant notre capacité à maîtriser nos pulsions voraces.

🥩 La politique et la sémantique de la viande

La viande n’est pas qu’une simple protéine : c’est un « sémantème », un véritable langage.

  • Pendant la préhistoire, tuer un gros animal féroce héroïsait l’homme et assurait la survie.
  • Au XVIIe siècle, les dominants sociaux dévoraient des quantités astronomiques de viandes rôties (jusqu’à 1 kilo par jour) pour mettre en scène leur pouvoir écrasant sur la vie et la mort. Les pauvres, eux, devaient se contenter des racines (comme la pomme de terre).
  • Aujourd’hui, l’opposition s’est inversée de façon ironique : l’élite intellectuelle végétalise son alimentation par conscience écologique, tandis que les classes populaires surconsomment de la viande industrielle comme un symbole tenace d’accès au plaisir bourgeois.

👗 Le langage préverbal de la mode et de la pilosité

La mode n’a rien de futile, c’est un « langage préverbal » puissant.

  • Le pantalon et la pudeur : Interdit aux femmes pendant des siècles sous prétexte d’abomination religieuse (Jeanne d’Arc fut brûlée vive en partie pour s’être habillée en homme en 1436), ce vêtement a longtemps structuré la domination de la virilité masculine.
  • Les poils politiques : Au XIXe siècle, les cochers arboraient des « rouflaquettes » pour se démarquer des bourgeois glabres. Les barbes fournies des insurgés ou la petite moustache sous le nez façon Hitler sont de puissantes déclarations politiques d’appartenance à un clan. S’habiller, se maquiller, se coiffer, c’est se socialiser et annoncer à l’Autre comment on conçoit le monde.

🌪️ Chapitre 5 : Le Paradoxe de la Décivilisation Moderne

Nous arrivons ici au cœur névralgique de « Au saccage des petits bonheurs ». L’Occident du XXIe siècle vit une paix relative, bénéficie d’une médecine de pointe et d’un confort inouï. Les châtiments corporels disparaissent, les femmes s’émancipent enfin. Pourtant, le taux de dépression, d’anxiété et de suicides explose, particulièrement chez les adolescents et les jeunes femmes (prévu à 25% des jeunes d’ici 2025 !). Comment expliquer ce mal-être généralisé ?

📉 Le Paradoxe de Tocqueville

Cyrulnik mobilise habilement le concept du sociologue Alexis de Tocqueville : plus une société progresse vers l’égalité et le confort matériel, plus les infimes inégalités restantes deviennent intolérables. Lorsque l’espérance de vie était de 35 ans et que la famine ou la peste rôdaient, survivre était en soi un exploit extraordinaire. Aujourd’hui, avec la promesse consumériste du bonheur parfait et du « développement personnel » absolu, le moindre échec professionnel, amoureux ou social est vécu comme une terrible tragédie.

⛓️ La liberté qui angoisse et la dilution des liens

Autrefois, la famille traditionnelle (œdipienne, patriarcale) et la religion étaient souvent des carcans oppressants, mais ils offraient un immense avantage psychologique : la sécurité affective et un sens de l’existence tout tracé. L’homme devait travailler à la mine, la femme devait enfanter. Le couple, même malheureux, était contraint à la solidarité vitale pour survivre.

Aujourd’hui, la libération technologique et morale a permis l’avènement libérateur du « Moi ». Mais cette hyper-liberté s’accompagne d’un coût exorbitant : l’effroyable anomie et la solitude.

  • L’éclatement familial : Les familles explosent et se recomposent sans cesse. Les termes mêmes évoluent. On parle désormais de « demi-frère », mais bientôt devra-t-on parler de « quart de frère » ou de « cinquième de sœur » ?. Les liens se diluent, créant une angoisse flottante.
  • L’épuisement maternel : Les jeunes mères, isolées dans des appartements urbains sans le soutien du « village » traditionnel africain (qui compte 6 à 8 personnes pour élever un enfant), s’épuisent seules et sombrent dans le burn-out.
  • La sexualité sans attachement : Les relations amoureuses facilitées (le coup d’un soir, le polyamour) ont perdu leur signification perverse, mais génèrent souvent une errance affective et l’angoisse du non-attachement.

🚺 Le fardeau de la maturation précoce des femmes

Dans nos pays en paix, les jeunes filles occidentales mûrissent aujourd’hui très tôt neurologiquement et physiquement (règles dès 7-8 ans). Cette précocité devient paradoxalement une charge écrasante : elles prennent conscience des drames complexes du monde et des responsabilités sociales très tôt. Travaillant sans répit pour s’affirmer, elles s’épuisent et souffrent de plus en plus d’anorexie, de dépression ou d’idées suicidaires. Pendant ce temps, les garçons, à la maturation cérébrale beaucoup plus lente, effrayés par l’exigence de la sexualité et de l’aventure sociale, « jettent l’éponge » et fuient dans le repli sur soi.


⚔️ Chapitre 6 : L’Art, la Guerre et l’Esthétique de la Mort

Si la paix prolongée semble nous rendre terriblement anxieux, la guerre, elle, a toujours été un effroyable mais puissant moteur de civilisation.

« Rien n’est plus civilisé que la guerre. »

Selon Cyrulnik, l’horreur des massacres (des tribus préhistoriques jusqu’aux drames contemporains au Soudan ou en Syrie) contraint inlassablement l’humanité à détruire un ordre établi pour en rebâtir un nouveau. La guerre crée de nouvelles lois, de nouvelles solidarités et de nouvelles architectures.

🎨 L’art pour apprivoiser le Néant (L’objet transitionnel)

Face au non-sens insupportable de la mort, l’homme n’a d’autre choix que d’inventer l’art et les récits. Depuis les parois de la Grotte de Lascaux (où l’homme dessine le bison qui l’éventre pour surmonter sa propre terreur) jusqu’aux toiles de Goya (El tres de mayo) ou de Delacroix magnifiant les charges sanglantes napoléoniennes, nous esthétisons la mort pour la rendre psychologiquement supportable.

C’est très exactement la même impulsion psychique qui pousse un enfant angoissé à s’accrocher à son vieux bout de tissu (l’objet transitionnel théorisé par Winnicott). Le « nounours » permet de faire le pont entre l’absence de la mère et la brutalité froide du réel. L’art, la poésie, les croyances religieuses sont nos « nounours » d’adultes : des fictions merveilleuses qui nous empêchent de sombrer dans le désespoir du vide.

« Moche is beautiful » — Roland Topor.

C’est pourquoi nous sommes fascinés par les films d’horreur ou les faits divers tragiques. Transformer l’atrocité en œuvre d’art nous rassure. D’ailleurs, savoir que nous allons mourir donne son urgence et toute sa profondeur à l’amour. Cyrulnik rappelle avec une grande poésie que l’immortalité viderait l’existence de tout son sens. C’est bien parce que nos jours sont comptés que le baiser et l’étreinte ont un tel prix.


✨ Conclusion : Le Chaos comme Promesse de « Recivilisation »

Dans les dernières pages de « Au saccage des petits bonheurs », Boris Cyrulnik tire une conclusion profondément lucide mais indéniablement porteuse de résilience.

Oui, nous traversons incontestablement une intense période de décivilisation. La technologie omniprésente, le rythme frénétique, l’effondrement des grands récits collectifs, l’anomie urbaine et la perte des rituels de politesse ont littéralement « saccagé nos petits bonheurs ». « Le sacre du moi suppose l’extinction de l’Autre », avertit-il. Nous sommes devenus des « parlêtres » prisonniers de nos écrans, hyper-sensibles aux frustrations et dangereusement tentés par le repli identitaire ou le fanatisme simplificateur.

Mais l’évolution de la vie est jalonnée de catastrophes. À l’image de la météorite qui a anéanti les dinosaures surpuissants pour laisser place à l’essor inattendu des petits mammifères adaptables, le chaos social actuel nous place devant un choix évolutif majeur. Nous ne pouvons pas revenir en arrière (c’est le piège stérile de la nostalgie réactionnaire du « c’était mieux avant »). Nous devons impérativement inventer une recivilisation.

Ce sursaut vital passera inévitablement par de nouveaux contrats fondamentaux :

  1. Un nouveau contrat amoureux et éducatif : Réinventer des familles solidaires (même plurielles), ralentir le rythme frénétique de nos vies pour tisser de véritables niches sensorielles chaleureuses autour des enfants et restaurer les rituels de politesse.
  2. Un nouveau contrat naturel : Comprendre que l’homme de l’ère industrielle n’est pas le maître absolu, mais un rouage totalement dépendant des écosystèmes, de la pollinisation et du monde animal.
  3. Un nouveau contrat culturel : Lutter de toutes nos forces contre la dangereuse « paresse intellectuelle » du fanatisme et de la pensée unique algorithmique en réapprenant l’empathie, le plaisir de l’art, du doute et du débat.

Comme le souligne magistralement Cyrulnik, sans l’Autre c’est la mort par atrophie cérébrale, mais avec l’Autre, c’est souvent le conflit. La grande leçon de cet ouvrage est une puissante invitation à accepter la complexité frictionnelle du monde pour sauver la beauté de notre humanité.

« La seule prédiction fiable, c’est l’imprévu, qui appartient aux poètes. »


Avez-vous lu ce magnifique ouvrage de Boris Cyrulnik ? Pensez-vous que notre époque est définitivement vouée au déclin, ou qu’une nouvelle « recivilisation » salvatrice est déjà secrètement en marche ? Partagez vos impressions et vos réflexions dans les commentaires ci-dessous, et n’hésitez pas à partager cet article pour nourrir le débat autour de vous ! 👇

Essai, Philosophie, Psycho Tags:Au saccage des petits bonheurs, Boris Cyrulnik, civilisation et barbarie, épigénétique, neuropsychiatrie, résilience, résumé de livre

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